Dans les deux derniers articles12, nous avons mis en relief la longue carrière militaire de Dessalines. Cette longue carrière lui permit de comprendre et de tirer avantage des particularités géographiques du pays. Cette longue carrière lui fit également comprendre la nécessité de construire des fortifications en hauteur. C’est également cette longue carrière qui lui fit prendre conscience qu’il est préférable de se battre à l’intérieur des terres plutôt qu’en mer ou sur les côtes. Et enfin, c’est cette longue carrière qui lui dicta le choix des habitations Marchand et Laville pour construire la nouvelle capitale d’Haïti. Soulignons d’entrée de jeu que le choix de Marchand comme capitale d’Haïti prend en compte à la fois la fortification en hauteur et la guerre d’intérieur.
Pour comprendre le choix de Marchand comme capitale d’Haïti en 1804, il faut revenir en octobre 1802. Après sa défection en octobre 1802 et la création embryonnaire de l’Armée Indigène, Dessalines se trouva dans la nécessité d’établir un quartier général. Il fit le choix de s’installer dans l’Artibonite, jonglant entre le fort la Crête-à-Pierrot (Petite-Rivière de l’Artibonite) et les habitations Laville et Marchand, deux habitations limitrophes. Les habitations Laville et Marchand se trouvaient au pied de la chaîne des Cahos et étaient entourées de monticules. En séjournant à plusieurs reprises en ces lieux, Dessalines avait compris le potentiel militaire et surtout défensif de la zone. Ardouin nous dit ceci : Cette position était assez centrale par rapport à l’ancienne partie française ; elle pouvait être bien fortifiée, et elle eût formé un dépôt considérable d’armes et de munitions de guerre qui alimenterait la force publique, en cas de nouvelle invasion de la part de la France : avantage que ne présentait aucune des villes bâties sur le littoral. Dans l’ancien régime colonial même, il avait été question plus d’une fois de concentrer dans un lieu de l’intérieur les moyens de résistance, les approvisionnements de guerre, par rapport aux Anglais si souvent en lutte avec la France. Avant même la fin de la guerre, Dessalines y jeta les fondations d’une nouvelle ville, qu’il ordonna à Pétion de fortifier.
Après la guerre et le départ des troupes françaises de la partie occidentale, Dessalines quitta la ville du Cap et se rendit aux Gonaïves en vue de préparer la proclamation de l’Indépendance. Selon Beaubrun Ardouin, c’est la proximité de la ville des Gonaïves avec les habitations Laville et Marchand qui poussa Dessalines à la choisir en vue de la proclamation de l’indépendance. Finalement, Dessalines se résolut à fixer le siège du gouvernement à Marchand-Laville. La ville qu’il avait ordonné de bâtir reçut, quelques mois plus tard, le nom de Dessalines.
Notes
Source documentaire :
Ardouin, B., Etudes sur l’histoire d’Haïti, tome 6, Paris, France, 1856.
À propos de l’auteur
Rick Boris Isidore est passionné par l’histoire d’Haïti et la transmission du savoir. À travers sa librairie, ses vidéos éducatives et la revue La Feuille Haytienne, il valorise la mémoire collective haïtienne. Il est également coauteur du livre Souveraineté nationale et luttes anti-impérialistes en Haïti, dirigé par le professeur Hérold Toussaint. Chaque projet qu’il mène s’inscrit dans une démarche engagée en faveur de l’avenir et des racines du peuple haïtien. rickbrisisdore@gmail.com | +509 46 52 31 55
