Le fort Saint-Joseph se dresse comme une véritable sentinelle immobile à l’entrée du Cap-Français, capitale de l’ancienne colonie de Saint-Domingue, aujourd’hui Cap-Haïtien. Construit à la fin du XVIIIᵉ siècle, cet édifice colonial reflète l’organisation géographique, économique et militaire d’un territoire jadis riche et fertile. Aujourd’hui, il est malheureusement touché par un processus de bidonvillisation.
Fort Saint-Joseph, un marqueur géostratégique

À 19◦, 775343N, -72◦,1991090 W, à l’entrée de la ville coloniale du Cap-Haïtien, se localise le fort Saint-Joseph. Édifié en 1748 sous l’administration française, il servait de véritable poste de contrôle et de défense contre d’éventuelles attaques maritimes des troupes espagnols et d’autres groupes armées qui convoitent le territoire de Saint-Domingue. Son emplacement repose sur un choix topographique stratégique, situé en hauteur, soigneusement calculé par les Français, car il offre une vue spectaculaire sur la baie du Cap-Français (Cap-Haïtien) et sur la route maritime reliant les champs de plantations de la grande plaine du Nord. Ce fort constituait ainsi un pivot militaire colonial.
Fort Saint-Joseph : un lieu d’attaque stratégique de l’émancipation des esclaves et de l’indépendance d’Haïti
Fort Saint-Joseph a joué un rôle important dans la lutte pour la liberté des esclaves et l’indépendance d’Haïti. Il faisait partie du système de défense des français contre leurs ennemis, jusqu’en 1788. Cette année-là, Toussaint Louverture, ancien esclave devenu chef militaire, combattant pour la liberté des esclaves, l’a bombardé pour affaiblir militairement les troupes françaises. Entre 1801 et 1802, l’armée indigène a pris le contrôle du fort Saint-Joseph.
Entre février 1802, lors de l’expédition de Leclerc, dont la mission était de rétablir l’autorité française sur la colonie de Saint-Domingue, le fort Saint-Joseph fut de nouveau bombardé et repris par les Français. Après la grande bataille de Vertières, lieu de mémoire de la nation haïtienne, le fort passa à nouveau sous l’administration des troupes indigènes. Le 28 août 1995, par arrêté présidentiel, il a été classé patrimoine national.

Fort Saint-Joseph, un site affecté par son environnement.- Autrefois entouré d’un paysage verdoyant, prisé par les amoureux de la nature, le fort Saint-Joseph subit aujourd’hui une dégradation majeure. En raison de la pression démographique, la ville du Cap-Haïtien connaît une urbanisation rapide, souvent non planifiée.
L’extension de la ville se manifeste principalement le long des axes routiers et des zones côtières. Ainsi, les environs du fort Saint-Joseph, au bord de la baie du Cap-Haitien, convoités pour la construction de maisons de luxe et d’hôtels, se dégradent progressivement. L’espace qui valorisait autrefois ce site historique est désormais dénudé, perdant peu à peu son attrait naturel et patrimonial.

Fort Saint-Joseph, un précieux site en voie de bidonvillisation
L’environnement immédiat du fort Saint-Joseph, qui devrait être protégé et intégré dans un plan d’aménagement rigoureux, est aujourd’hui envahi par une urbanisation anarchique. Ce phénomène de bidonvillisation nuit gravement à l’image du site. Des constructions précaires se multiplient sans encadrement, dénaturant le paysage et compromettant la valorisation touristique et patrimoniale de ce lieu historique.
Face à cette situation, le manque d’application de politiques publiques de protection du patrimoine et d’aménagement du territoire aggrave les menaces qui pèsent sur le fort Saint-Joseph. Sans une intervention rapide, ce site risque de disparaître sous l’effet combiné de la pression urbaine et de l’indifférence institutionnelle.
Hans-Bychara Dieujuste, Professionnel en géographie, Rédacteur
