Défendre la liberté et l’indépendance d’Haïti n’était pas seulement l’affaire de l’armée, elle était l’affaire du peuple dans sa globalité. Défendre la liberté et l’indépendance était un enjeu national qui nécessitait la contribution de tout un chacun. Dès le premier janvier 1804 aux Gonaïves, Dessalines à compris la nécessité d’associer le peuple à la défense nationale. La fin de sa proclamation, lue par Boisrond-Tonnerre, le montre clairement : Prête donc entre ses mains (Dessalines) le serment de vivre libre et indépendant, et de préférer la mort à tout ce qui tendrait à te remettre sous le joug. Jure enfin de poursuivre à jamais les traîtres et les ennemis de ton indépendance. Si l’armée se trouvait en première ligne, le peuple avait le devoir sacré de le suivre et de lui apporter assistance.
Cette volonté d’associer le peuple à la défense nationale se retrouve encore dans la proclamation du 15 février 1804 dans laquelle Dessalines accepte le titre d’empereur. Dans cette proclamation, Dessalines s’identifie comme le père d’une famille de guerriers qui ne laisse jamais reposer son épée et qui veut transmettre sa bienveillance à ses descendants et les apprivoiser avec les combats.
À son retour de la campagne de l’Est (voir La campagne de l’Est, une guerre défensive (L’art de la guerre selon Jean-Jacques Dessalines), Dessalines fit une proclamation expliquant les raisons de la campagne ainsi que son déroulement. C’est dans cette proclamation qu’il énonça pour la première fois le principe de la guerre totale qui devait avoir cours sur le territoire national en cas d’agression étrangère : […] Au premier coup de canon d’alarme, que le sol d’Haïti n’offre à leurs regards avides que des cendres, du fer et des soldats […]. Cette idée est renforcée par l’article 28 de la constitution de 1805 : Au premier coup de canon d’alarme, les villes disparaissent, et la nation est debout.
François Cochet définit la guerre totale ainsi : une guerre totale est un conflit dont les conséquences et les implications ne se limitent pas aux champs de bataille mais touchent l’ensemble des sociétés des pays mobilisés. C’est la première guerre mondiale (1914-1918) et surtout la seconde guerre mondiale (1939-1945) qui sont considérées comme les premières guerres totales de l’histoire.
La guerre totale en tant que concept est européenne et moderne. Toutefois, Haïti est le premier pays à intégrer la guerre totale dans sa stratégie de défense nationale. Dans le contexte haïtien, la guerre totale se définit comme la mobilisation générale des ressources disponibles de pays (humaines, économiques, financières, etc.).
Sources documentaires :
- Cochet, François. « XI. Acceptions, évolutions et modalités de la « guerre totale » à l’époque contemporaine », Jean Baechler éd., Les Armées. Hermann, 2018, pp. 149-160.
- Pradines, L., Recueil général des lois et actes du gouvernement d’Haïti depuis la proclamation de son indépendance jusqu’à nos jours (1804 -1808), tome 1, A. Durant – Pédone-Lauriel Sr Libraires-Editeurs, Paris, France, 1886
À propos de l’auteur
Rick Boris Isidore est passionné par l’histoire d’Haïti et la transmission du savoir. À travers sa librairie, ses vidéos éducatives et la revue La Feuille Haytienne, il valorise la mémoire collective haïtienne. Il est également coauteur du livre Souveraineté nationale et luttes anti-impérialistes en Haïti, dirigé par le professeur Hérold Toussaint. Chaque projet qu’il mène s’inscrit dans une démarche engagée en faveur de l’avenir et des racines du peuple haïtien. rickbrisisdore@gmail.com | +509 46 52 31 55
