Haïti, autrefois la perle des Antilles, est reconnue pour sa richesse patrimoniale, son paysage attirant, son passé historique remarquable et aussi pour la diversité des expressions culturelles et artistiques. De la musique à la danse en passant par l’artisanat, les arts visuels, le cinéma etc., les formes d’expressions définissent l’appartenance et l’identité haïtienne marquée par l’histoire et la diversité du pays. Au-delà de leur dimension identitaire et symbolique, elles se regroupent aujourd’hui dans le secteur des Industries Culturelles et Créatives (ICC) qui prend en compte leur aspect économique et générateur de revenus.
Les ICC et l’économie orange
Les Industries Culturelles et Créatives sont, selon l’UNESCO, les activités qui combinent la création, la production et la commercialisation de contenus créatifs à caractère immatériel et culturel. Cela prend en compte l’imagination, l’invention, la production, la diffusion et la mise sur le marché des biens et des services dont la particularité réside dans l’intangibilité de leurs contenus à caractère culturel, généralement protégés par les droits d’auteur. Ainsi, les ICC relient la capacité de générer des revenus au caractère immatériel de la création, qui inclut la valeur symbolique, artistique et identitaire principalement associée aux savoir-faire traditionnels. Elles regroupent sept (7) filières principales dont l’artisanat, le livre, la musique le cinéma et l’audiovisuel, les arts visuels, les évènements (carnavals, festivals, fêtes traditionnelles) et les nouvelles technologies.
L’aspect générateur de revenus des Industries Culturelles et Créatives est reconnu sous l’appellation Economie Orange, terme popularisé par l’écrivain britannique John Hawkins en 2011. Elle désigne alors les activités économiques basées sur la créativité et la propriété intellectuelle et représente 3% du PIB mondial.
Etat des lieux des ICC en Haïti
En Haïti, malgré les nombreux défis d’ordres sociaux, politiques économiques, infrastructurels et aussi psychologiques, les créateurs ne baissent pas les bras et utilisent leur œuvre à des fins économiques et aussi pour faire passer des messages. D’après une étude de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) sur les Industries Culturelles et Créatives en Haïti, l’artisanat (associé à la mode et au design) et le livre sont les secteurs à plus fort potentiel économique en Haïti en raison de leur taille respective, du poids des acteurs qui les constituent et de leur couverture territoriale en termes de production ou de consommation.
Ensuite viennent la musique et l’audiovisuel en raison d’une demande importante de contenus en Haïti, dans la diaspora ainsi qu’à l’échelle internationale. Ces secteurs sont confrontés à de nombreux défis principalement l’absence d’un système efficace de gestion des droits d’auteur, ce qui réduit fortement les revenus des créateurs. Bien que leur impact économique soit limité, les arts visuels de leur côté, véhiculent une image positive du pays à l’international.
Les ICC comme moteur de développement économique en Haïti
Les Industries Culturelles et Créatives sont de véritables moteurs de développement économique. Elles créent de la richesse et des emplois. Elles soutiennent l’innovation. Elles renforcent l’image d’un pays. Et, elles créent des attractions touristiques différentes sur les destinations. A travers la création d’œuvres d’art décoratives et utilitaires (papier-mâché, fer découpé, poterie …), les artisans et créateurs génèrent des revenus par la commercialisation avec les supporteurs locaux, les touristes locaux et internationaux.
La BID propose une série de recommandation afin de rentabiliser les opportunités qu’offre les ICC en Haïti qui est un secteur embryonnaire. D’abord investir dans les ressources humaines par la formation et le développement des compétences dans tous les domaines. Malgré leur talent, les artistes haïtiens manquent de compétences techniques ainsi que de la connaissance de l’environnement global en termes de création et de marchés. Cela permettra de maintenir la compétitivité et l’innovation dans ce secteur assez dynamique.
Les artistes ayant des professions intermédiaires sont rares alors que c’est un aspect important dans la constitution d’une véritable économie en lien avec les tendances et marchés internationaux. Par ailleurs, il faut améliorer le cadre légal qui devra assurer la cohérence du système. Deux actions sont alors importantes : la ratification du décret sur la copie privée et la signature du protocole de Nairobi qui complète l’Accord de Florence sur l’exemption des droits de douane aux matières premières et équipements professionnels. De plus, il est important de cibler et miser sur les filières porteuses, encourager les recherches socio-économiques dans le secteur des ICCs en Haïti afin de mettre en évidence les problématiques locales et déterminer des plans de développement.
En plus des recommandations formulées par la BID, La coopération internationale et les politiques publiques de soutien sont deux actions essentielles pour assurer la croissance et la durabilité du secteur des industries culturelles et créatives en Haiti à partir des partenariats publics privés, des initiatives conjointes avec des bailleurs internationaux.
Les ICC comme moyen d’expression culturelle en Haïti
Dans la conjoncture d’Haïti marquée par de nombreux défis socio-politiques et économiques, la création artistique devient un moyen d’expression et de liberté par lequel les créateurs font passer des messages, dénoncent des situations et les injustices sociales, célèbrent les luttes historiques ainsi que l’identité culturelle du pays etc. À travers chaque œuvre, derrière chaque création se cache un message codé. La musique, la danse, les arts du spectacle, la peinture, la littérature sont de véritables canaux de communication pour véhiculer certains messages. Chaque œuvre devient ainsi un langage symbolique permettant de sensibiliser, de questionner et de mobiliser la société, tout en préservant la mémoire collective. Ainsi, les ICCs influencent la manière de voir les choses, la façon dont les individus interagissent et évoluent. Elles deviennent un outil de résistance, de revendication et d’espoir pour l’Haïti rêvée.
Les ICCs permettent aussi de préserver et de promouvoir les identités culturelles, ce qui favorise un sentiment d’appartenance au sein même du territoire Haïtien. Le fer découpé au village de Noailles, le papier-mâché à Jacmel, sont des exemples concrets du sentiment d’appartenance généré par les foyers de création d’œuvre d’art.
Les industries culturelles et créatives représentent un secteur dynamique et en pleine transformation en Haïti avec des potentiels tant sur le plan économique que social. Investir dans les ICCs, c’est investir dans la créativité, dans l’économie ainsi que dans le capital humain. En outre, les ICCs peuvent être utilisées comme des produits culturels phares pouvant aider Haïti à projeter une image positive sur la scène internationale en utilisant la culture et la créativité comme moyen de représentation.
Amecarine Gédéon, Professionnelle en Tourisme et Patrimoine, Rédactrice
