En Haïti, le respect des droits des femmes reste un combat quotidien. Malgré les avancées législatives et l’adhésion du pays à plusieurs accords et conventions internationales, les inégalités persistent dans les sphères sociales, économique et politique. Les violences basées sur le genre, l’accès limité aux opportunités économiques et la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles illustrent l’ampleur de cette bataille.
Or, de nombreux pays progressent vers la parité malgré les difficultés. En Haïti, il est essentiel de continuer à nous battre pour la justice. En ce sens, nous honorons la bravoure des organisations féministes haïtiennes qui jusqu’ici ont beaucoup fait bouger les lignes. Mais la route est encore longue. Par exemple, nous réclamons encore l’application de l’article 17.1 de la Constitution de 1987 amendée qui exige un quota d’au moins 30 % de représentativité féminine dans les espaces de décision.
Le 3 avril 1986, des milliers de femmes ont marché à travers le pays pour exiger la reconnaissance de leurs droits et leur implication dans le processus démocratique. Cette marche a marqué d’une encre indélébile l’histoire du mouvement des femmes haïtiennes. C’est pourquoi la date du 3 avril est consacrée à la Journée nationale du Mouvement des Femmes en Haïti un jalon. Les mobilisations des femmes haïtiennes à travers le pays ont influencé la rédaction de la Constitution de 1987. Celle-ci consacre l’égalité des sexes devant la loi et la participation des femmes à la vie politique et économique.
Facteurs majeurs constituant des entraves à la lutte des femmes
1- L’instabilité politique. L’instabilité politique représente une entrave aux droits des femmes, car les périodes de transition politique entraînent souvent le recul des acquis en matière de droits des femmes. L’absence de stabilité institutionnelle empêche l’application effective des lois en faveur de l’égalité des sexes, et les réformes inclusives sont souvent mises de côté en temps de crise. Les droits obtenus restent fragiles et réversibles. En période d’instabilité, les violences faites aux femmes augmentent de manière inquiétante : Multiplication des cas de violences sexuelles et d’exploitation des femmes dans les camps de déplacés ; impunité généralisée, la justice étant souvent paralysée par les crises.
2- Réduction des opportunités économiques et des revenus des ménages dirigés par des femmes.
Recommandations de SOFEHJ pour une Haïti plus égalitaire
1. Renforcer l’application des lois en faveur de l’égalité des sexes, avec l’application stricte du quota d’au moins 30 % prévu par la Constitution amendée de 1987.
2. Renforcer les capacités du système judiciaire et des forces de l’ordre pour lutter contre l’impunité, tout en assurant une meilleure protection des femmes contre les violences.
3. Améliorer l’accès des femmes aux opportunités économiques en mettant en place des programmes de financement et de formation pour les femmes entrepreneures.
4. Intégrer des politiques de protection sociale adaptées aux besoins des femmes en situation de vulnérabilité.
5. Sensibiliser et former davantage de femmes à la politique et au leadership.
6. Accroître la scolarisation et l’alphabétisation des filles et des femmes.
La Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ) appelle à un engagement ferme de l’État et de la société pour qu’enfin, l’égalité des sexes ne soit plus un idéal lointain, mais une réalité pour la société haïtienne.
Lucienne Justimé
