Noailles : un nom, un village, toute une histoire.

Dans la si belle et si riche histoire culturelle d’Haïti. Entre des lieux de légendes, parfois proches du paradis, une localité en particulier jouit d’une place spéciale. Noailles, tel est le nom de cette localité, si petite dans sa géographie, pourtant si grande par sa portée culturelle.

Pourtant, rien ne destinait Noailles à un si grand avenir. Durant la période coloniale française (1697-1803), Jean Alexandre Michel Noailles dit Michel, Jean-Baptiste Noailles dit Jean et Jean-Baptiste Ignace Noailles dit Ignace, tous originaires de Bordeaux et fils de l’architecte royal Jean Noailles, immigrèrent à Saint-Domingue et s’installèrent à la Croix-des-Bouquets. Si l’on se base sur l’État détaillé des liquidations opérées par la commission chargée de répartir l’indemnité attribuée aux anciens colons de Saint-Domingue (1828-1834),1 il semblerait que ce fut Jean-Baptiste Ignace Noailles qui fut le propriétaire de l’habitation dont Noailles tire son nom. Lors de la Révolution haïtienne, l’habitation, qui était alors considérée comme l’une des plus belles de la colonie, fut complètement détruite. Elle fut reprise par un nouveau propriétaire qui, selon Richard Hill qui visita Haïti dans les années 1830-1831, le releva et en tira un grand profit. Durant la première moitié du 20ème siècle, au temps de la Haitian Sugar Company, la fameuse HASCO, Noailles, devenue entretemps une localité, fut, comme la quasi-totalité de la Croix-des-Bouquets, l’un des principaux fournisseurs de canne à sucre de la compagnie. 

La deuxième moitié du 20ème siècle est marquée par son lot de troubles sociopolitiques. Entre Kanson Fè (Paul Eugène Magloire) et Ti-Blan (Henry Namphy), en passant par la présidence tournante entre 1956 et 1957 et le long chemin de croix des Duvalier, la production sucrière déclina. Et la Hasco, perdant sa guerre contre la concurrence, ferma ses portes en 1987. Noailles aurait dû, et surtout aurait pu, disparaître.

Toutefois, l’histoire, déesse capricieuse, jeta son dévolu sur Noailles pour écrire, ce qui est peut-être, l’une des plus belles histoires de la culture haïtienne. À la place de la canne à sucre, un art singulier, unique en son genre, prit place à Noailles. Fruit d’une rencontre fortuite, dont seul le hasard a le secret, l’art du métal découpé s’installa dès ses premiers moments sur l’ancienne habitation sucrière. Bercé par Noailles, l’art du métal découpé prospéra. Le nombre de pratiquants de cet art purement haïtien augmentait de jour en jour. À son apogée, entre 2012 et 2015, Noailles comptait plus de soixante-dix ateliers et rapportait plus d’un million de dollars américains à l’économie nationale. 

L’on aurait cru que cette lancée allait se poursuivre, augmentant d’années en années. L’arrêt fut progressif puis, soudain brutal. Noailles, comme beaucoup d’espaces de grande valeur économique et/ou culturelle, eut à subir la dure loi des groupes armés. Ateliers détruits, artisans en fuite, production en baisse… La belle histoire de Noailles voit ses pages tachées de l’encre de la violence armée. Alors, on se pose la terrible question : Noailles va-t-il mourir ?

À suivre…

RICK BORIS ISIDORE, Professionnel en Communication, Rédacteur en chef de Spread-Info

  1. En 1825, Jean-Pierre Boyer accepta de verser une indemnité à la France en échange de la reconnaissance de l’Indépendance. Une commission fut chargée de vérifier les dossiers des colons afin de pouvoir répartir la somme payée par Haïti. Sur les 27.000 dossiers, 12.000 furent acceptés. Entre 1828 et 1834, la commission publia, en six volumes, son rapport intitulé Etat détaillé des liquidations opérées par la Commission chargée de répartir l’indemnité attribuée aux anciens colons de Saint-Domingue, en exécution de la loi du 30 avril 1826. ↩︎

Sources documentaires :

  1. Haïti, ou Renseignements authentiques sur l’abolition de l’esclavage et ses résultats à Saint-Domingue et à la Guadeloupe, avec des détails sur l’état actuel d’Haïti et des Noirs émancipés qui forment sa population, (Traduit de l’Anglais), Paris, 1835
  2. https://www.domingino.de/stdomin/colons_d.htm, consulté le 9 janvier 2025
  3. https://gw.geneanet.org/nellydc?lang=fr&n=noailles&p=jean+baptiste+ignace+dit+baptiste, consulté le 9 janvier 2025
  4. https://www.profilayiti.com/2019/11/ce-qui-sest-vraiment-passe-avec-hasco.html, consulté le 9 janvier 2025
  5. https://ayibopost.com/croix-des-bouquets-abrite-un-patrimoine-national-aujourdhui-en-danger/, consulté le 9 janvier 2025
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_chefs_d’État_haïtiens, consulté le 9 janvier 2025
  7. http://paesaggio.over-blog.com/2016/10/la-hasco-1912-1987-histoire-d-une-entreprise-sucriere-etasunienne-en-haiti.html, consulté le 9 janvier 2025

Laisser un commentaire

En savoir plus sur SPREAD INFO

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture