Unique en son genre, la sculpture sur fer, encore appelée métal découpé ou fer découpé, associe la robustesse de l’acier à la créativité de l’artiste.

Tout commence avec l’achat d’un doum (mot créole pour désigner les tonneaux en métal), acquis auprès des revendeurs de la Croix-des-Bouquets. À partir de cet achat, l’artiste entame alors sa transformation du doum, simple objet usuel. Il est d’abord découpé. Puis, sous les coups répétés d’un marteau, le doum est aplati et aplani. Cette tâche, généralement confiée à des apprentis, requiert à la fois force et souplesse. La force est nécessaire pour aplanir le doum et lui enlever sa forme sphérique. Mais au moment de l’aplanissement, il est important de faire preuve de souplesse pour ne pas endommager le métal.

Aplati et aplani, le doum fait alors face à l’artiste. À ce moment, l’artiste décide de ce qu’il va faire de ce métal brut et vulgaire. Une sirène, une représentation des Loas, un vèvè, un coucher de soleil, ou la représentation d’une idée abstraite (la paix, l’harmonie, la joie,etc.), les possibilités sont infinies. L’artiste peut soit dessiner sur papier l’œuvre qu’il compte réaliser pour, ensuite, le réaliser sur le métal, soit laisser sa créativité guider sa main directement sur le métal. À cette phase, la craie sert d’outil à l’artiste.

Une fois le dessin déposé sur le métal, l’on passe alors au découpage. En suivant le tracé du dessin et en utilisant différents types de burin, le doum est découpé puis dépecé. L’œuvre commence alors à prendre forme. Comme lors de l’aplatissement et l’aplanissement, le bruit des marteaux résonne à nouveau. Mais, cette fois-ci, la rencontre entre le métal, le burin et le marteau accouche d’une vision. L’idée embrasse le métal. L’œuvre ainsi découpée, l’on utilise alors une brosse en métal pour éliminer les impuretés et le préparer pour la suite.
En fonction de l’œuvre, en fonction du projet artistique, chaque artiste aura recours à des procédés distincts : utilisation de fer à souder pour relier différentes parties, aspersion de coca pour corroder le métal, etc. L’artiste peut également avoir recours à d’autres éléments comme le sable, le verre brisé etc. pour compléter son œuvre. À cette phase, l’œuvre est pratiquement finie. À l’artiste de décider si l’œuvre sera colorée ou si une simple application de vernis fera l’affaire.
Le temps nécessaire pour créer une sculpture en métal découpé varie de quelques heures à plusieurs semaines, en fonction principalement de la taille de l’œuvre, de la cadence de travail de l’atelier, du nombre d’artisans et du temps que l’artiste accorde à son œuvre.
À la suite de toutes ces étapes, l’œuvre est prête à être exposée, exportée, vendue… Lors de la dernière édition d’Artisanat en Fête, les œuvres en fer découpé ont conquis le cœur du public. Cependant, si elles ont déjà conquis le monde, le fer découpé reste peu en vue sur le territoire national. Il est grand temps que le marché haïtien s’ouvre au fer découpé. Souhaitons que durant les années à venir, cet art particulier aura la place qu’il mérite partout dans notre pays.

Loudenya Faoutine, Professionnelle en Tourisme et Patrimoine Culturel, Rédactrice
