
Samedi 2 mai 2026. – Les 1er et 2 mai 2026, Spread Info a parcouru la foire gastronomique organisée par le Programme National de Cantines Scolaires (PNCS).
Au milieu des étals colorés et des saveurs multiples, un plat s’est imposé comme la véritable vedette de l’événement : le Tonmtonm de Jérémie. Ce mets emblématique de la Grand’Anse a séduit les visiteurs par son originalité, son histoire et sa valeur patrimoniale, confirmant sa place dans l’identité culinaire haïtienne et ouvrant la réflexion sur son intégration dans les cantines scolaires haïtiennes.
Lors de ces grandes foires gastronomiques tenues à Port-au-Prince et à Chardonnière, le Tonmtonm s’est imposé comme l’un des plats les plus célébrés de la cuisine haïtienne. Présenté aux visiteurs comme un mets emblématique de la Grand’Anse, il a séduit par son originalité, sa valeur patrimoniale et ses vertus nutritionnelles liées au fruit à pain, véritable trésor alimentaire. Ces manifestations ont confirmé la place du Tonmtonm dans l’identité culinaire nationale et renforcé sa visibilité en tant qu’élément vivant du patrimoine culturel immatériel d’Haïti.

Jérémie, capitale de la Grand’Anse, s’impose comme le berceau d’un mets qui dépasse la simple gastronomie pour devenir un symbole identitaire. Hérité de la transformation du fruit à pain, appelé en créole lam veritab, ce plat accompagné de la sauce kalalou incarne la créativité culinaire, la convivialité et la mémoire vivante des communautés haïtiennes. Comme le rappelle un visiteur, « le Tonm Tonm est un plat traditionnel haïtien qui provient du département de la Grand’Anse. Il est très prisé dans la région, ce qui fait de lui un mets très apprécié par tous les riverains ».
Le fruit à pain, base du Tonmtonm, possède des vertus nutritionnelles remarquables. Riche en glucides complexes, il constitue une source d’énergie durable pour les populations rurales. Sa chair contient des fibres qui favorisent la digestion et contribuent à la régulation du transit intestinal. Il est également une source de vitamines, notamment la vitamine C qui renforce l’immunité, et de minéraux comme le potassium qui participe à l’équilibre de la tension artérielle. Une visiteuse, qui connaît bien ce plat, souligne que « ses fruits pèsent jusqu’à 6 kg, mesurent entre 9 et 45 cm de longueur et entre 5 et 30 cm de diamètre, d’abord de couleur verte, ils deviennent jaune-vert, avant de prendre une teinte jaune ou ocre-jaune une fois arrivés à maturité ». Cette richesse biologique se traduit par une valeur nutritive qui explique la place centrale du lam veritab dans l’alimentation haïtienne.
La préparation du Tonmtonm est un savoir-faire ancestral qui exige patience et minutie. Le fruit à pain est bouilli puis pilé dans un mortier afin d’obtenir une pâte élastique, tandis que la sauce kalalou révèle la richesse des produits locaux. Dans la recette traditionnelle de Jérémie, « l’accent est mis sur l’ajout de champignons (djon djon) qui, d’après certaines cuisinières, apporte davantage de couleur et de beauté à la sauce ». La consommation elle-même est codifiée par la tradition. Un visiteur affirme « qu’il est avalé sans aucune mastication selon la tradition de la région pour vraiment apprécier toutes ses saveurs ».

Le Tonmtonm est transmis de génération en génération, principalement par les femmes qui en détiennent les secrets culinaires, tandis que les hommes participent à la cueillette et au pilage du fruit à pain. Des porteurs de traditions soulignent que « les femmes sont les principales responsables de la préparation traditionnelle de cet élément parce qu’elles détiennent et maîtrisent toutes les techniques liées à sa cuisson ». Cette chaîne de savoirs illustre la solidarité familiale et communautaire, les enfants apprenant en observant leurs aînés et perpétuant ainsi une tradition orale et pratique. Comme le précise encore un autre porteur de tradition, « la préparation du Tonmtonm est l’occasion pour les aînés de transmettre leurs connaissances et astuces culinaires aux plus jeunes, renforçant ainsi les liens intergénérationnels ».
Aujourd’hui, le Tonmtonm dépasse les frontières de Jérémie. Il est dégusté à Port-au-Prince et dans d’autres régions, porté par la diaspora haïtienne qui en fait un marqueur identitaire. Dans un rapport d’inventaire du Ministère de la Culture et de la Communication, on peut lire que « les habitants de Jérémie apportent leur savoir-faire culinaire avec eux à Port-au-Prince. En ce sens, ce mets est consommé et apprécié par bon nombre de gens venant de différentes régions du pays ». Sa vitalité est indéniable, mais elle reste menacée par les catastrophes naturelles, la raréfaction des produits et la pollution marine. Pourtant, l’intérêt croissant des jeunes pour cette pratique culinaire laisse entrevoir un avenir prometteur.
Le Ministère de la Culture et de la Communication a engagé un processus d’inventaire pour inscrire le Tonmtonm au Registre du Patrimoine Culturel Immatériel d’Haïti. Après la Soupe Joumou, classée par l’UNESCO en 2021, et la cassave en cours de candidature, le Tonmtonm pourrait devenir le prochain symbole culinaire haïtien à bénéficier d’une protection légale et d’une visibilité internationale, si l’institution étatique le décide. Le rapport d’inventaire du MCC rappelle que « la protection, la sauvegarde et le classement du savoir-faire lié à la transformation et la préparation traditionnelle du Tonm Tonm au Registre du Patrimoine Culturel Immatériel d’Haïti sont en cours ».
Ainsi, le Tonmtonm n’est pas seulement un mets savoureux, il est aussi un aliment aux vertus nutritionnelles et sanitaires, un héritage vivant qui relie les générations et une promesse de rayonnement pour la culture haïtienne.

Sa présence remarquée dans les foires gastronomiques du Programme National de Cantines Scolaires (PNCS) ouvre une perspective nouvelle, celle d’intégrer ce plat dans les cantines scolaires haïtiennes. En valorisant le fruit à pain et ses apports nutritifs, le Programme National de Cantines Scolaires pourrait offrir aux élèves une alimentation saine, enracinée dans la tradition, tout en renforçant leur identité culturelle. Le Tonmtonm deviendrait ainsi non seulement un symbole patrimonial, mais aussi un outil concret de nutrition scolaire et de transmission des valeurs culinaires haïtiennes, démontrant que le patrimoine culinaire peut être mis au service de l’éducation et du bien-être des enfants.
Frantz DELICE
