Haïti : une transition bloquée face aux leçons de Jared Diamond

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Port-au-Prince, 29 novembre 2025.- En Haïti, la transition politique s’enlise dans une confrontation entre le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et la Primature. Divisé, il semblerait que le CPT bloque l’utilisation du budget prévu pour la sécurité, dont une forte partie destinée à la Police nationale, tandis que la Primature multiplie les promesses sans résultats tangibles. À l’approche du 7 février 2026, date symbolique pour la transition, cette paralysie institutionnelle nourrit l’insécurité : les gangs contrôlent des quartiers entiers, 11 % de la population est déplacée, et le pays figure parmi les cinq plus touchés par la faim dans le monde. Entre rivalités politiques, fonds gelés et crise humanitaire, l’écart entre discours officiels et réalité vécue par les Haïtiens ne cesse de se creuser. Les idées de Jared Diamond pourraient aider à débloquer cette crise.

Jared Diamond : un penseur des sociétés en crise
Jared Diamond est un biologiste, géographe et historien américain, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Il est surtout connu pour ses ouvrages majeurs tels que Guns, Germs, and Steel (De l’inégalité parmi les sociétés) et Collapse (Effondrement), où il analyse les raisons pour lesquelles certaines civilisations survivent tandis que d’autres disparaissent. Ses travaux mettent en lumière des facteurs clés comme la gestion des ressources, la coopération sociale, la capacité des élites à prendre des décisions courageuses et l’importance des institutions solides. Dans le contexte haïtien, ses réflexions offrent un cadre d’analyse précieux : elles permettent de comprendre comment l’absence de reconnaissance de la crise, le manque de volonté politique et la faiblesse institutionnelle peuvent précipiter un pays vers l’effondrement, mais aussi comment des choix lucides et collectifs peuvent ouvrir une voie de résilience.

Pour une reconnaissance de la crise
Jared Diamond rappelle que les sociétés qui survivent sont celles qui acceptent de voir la gravité de leur situation. En Haïti, le CPT et la Primature doivent cesser de minimiser l’impact de leurs divisions. Reconnaître que l’immobilisme institutionnel aggrave l’insécurité et la famine est une étape indispensable. Sans cette lucidité, les dirigeants continueront à produire des discours déconnectés de la réalité vécue par la population.

Nécessité d’avoir une volonté politique d’agir
La survie d’une société dépend de la capacité de ses élites à prendre des décisions courageuses. Dans le cas haïtien, un signal fort serait le déblocage immédiat du budget alloué à la sécurité, destiné à la Police nationale. Cette mesure montrerait que la sécurité des citoyens prime sur les calculs politiques. La volonté d’agir doit aussi se traduire par des réformes rapides pour restaurer la confiance, notamment en préparant des élections crédibles et transparentes.

Valeurs sociales et coopération interne
Diamond insiste sur l’importance des valeurs collectives. Les civilisations qui survivent sont celles qui privilégient la coopération plutôt que la division. En Haïti, la rivalité entre CPT et Primature devrait céder la place à une culture de compromis. La mise en place d’un pacte national de sécurité et de gouvernance, réunissant acteurs politiques, société civile et institutions religieuses, pourrait renforcer la cohésion. Mais cette coopération doit être institutionnalisée, avec des mécanismes clairs de partage du pouvoir et de responsabilité.

Aide extérieure constructive
L’aide internationale est déjà là, mais elle doit être mieux orientée. Diamond souligne que l’aide extérieure ne sauve une société que si elle est constructive et adaptée. Pour Haïti, cela signifie conditionner les financements à des résultats mesurables et à une transparence accrue. Le budget alloué à la sécurité doit être géré par des structures capables de garantir leur utilisation effective, afin d’éviter les blocages ou les détournements.

Résilience institutionnelle
Enfin, Diamond rappelle que les institutions solides sont le socle de la survie des sociétés. En Haïti, la création d’un mécanisme indépendant de contrôle sur l’utilisation des fonds de sécurité serait une étape décisive. Ce dispositif permettrait de restaurer la confiance de la population et des partenaires internationaux, tout en garantissant que les ressources servent effectivement à renforcer la sécurité et à préparer des élections crédibles. La résilience institutionnelle implique aussi de renforcer la justice, afin que les crimes liés à la corruption et aux détournements de fonds ne restent pas impunis.

Haïti se trouve à un carrefour historique à l’approche du 7 févier 2026. Elle peut rester prisonnière des luttes intestines entre CPT et Primature, ou mobiliser les leviers identifiés par Jared Diamond pour transformer une transition bloquée en véritable projet de reconstruction nationale. Reconnaissance de la crise, volonté politique, coopération interne, aide extérieure constructive et résilience institutionnelle apparaissent comme les clés pour sortir de l’impasse et redonner espoir à une population épuisée par l’insécurité et la faim.

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