L’article qui suit est une insertion demandée L’Organisation de défense des droits humains Sant Karl Lévêque (SKL).
L’Organisation de défense des droits humains Sant Karl Lévêque (SKL), fidèle à sa mission de promouvoir la justice sociale et de défendre les droits fondamentaux garantis par la Constitution haïtienne du 29 mars 1987, élève sa voix pour dénoncer avec fermeté l’augmentation exorbitante et injustifiée des frais scolaires observée dans plusieurs établissements à travers le pays.
Au-delà de cette flambée des coûts, c’est l’ensemble du système éducatif haïtien qui révèle ses failles : absence d’uniformité des programmes, dégradation de la qualité de l’enseignement, logique marchande où trop d’acteurs privilégient le profit au détriment de la mission éducative.
La Constitution haïtienne du 29 mars 1987 est pourtant claire :
- L’enseignement est libre à tous les degrés. Cette liberté s’exerce sous le contrôle de l’État. » (Article 33)
- L’enseignement fondamental est obligatoire. » (Article 32.3)
Dénonciation des dérives et des responsabilités
L’attentisme coupable du MENFP
Le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) adopte une posture attentiste face à la crise. Plutôt que de réguler, il se contente de discours généraux et superficiels.
Pourtant, ledit ministère dispose du plus grand budget national et devrait agir avec anticipation, efficacité et fermeté.
Plus loin, nous tenons à souligner que depuis 2, 3 voire 4 ans, plusieurs milliers d’élèves dont les écoles se trouvent dans des zones contrôlées par des gangs armés n’ont plus accès aux cours. La majorité survit dans des camps de fortune, exposée au désœuvrement et à la misère. Ces enfants deviennent des proies faciles pour les bandes armées. Selon l’UNICEF, près de 50 % des effectifs des gangs sont constitués d’enfants. Ce chiffre glaçant illustre l’ampleur du désastre et l’indifférence des autorités.
Le MENFP a l’obligation légale et morale de contrôler les frais imposés par les établissements privés et de protéger les familles contre l’arbitraire administratif. Pourtant, au lieu d’assumer pleinement cette mission, il accorde des privilèges à des proches et ferme les yeux sur les abus systématiques. En agissant ainsi, il trahit non seulement les parents mais aussi l’esprit même de la Constitution.
À cela s’ajoute la situation préoccupante des lycées publics, régulièrement paralysés par des grèves. Les revendications des enseignants sont légitimes, mais réduites à une logique purement financière, elles privent les élèves d’une formation continue. Ces interruptions à répétition compromettent l’avenir de milliers de jeunes et alimentent la spirale de la médiocrité du système.
Les établissements scolaires dans le collimateur de la SKL
Notre Organisation dénonce les pratiques abusives de nombreux établissements scolaires qui, profitant du silence complice des autorités, imposent des hausses exorbitantes et injustifiées.
Certaines écoles congréganistes, créées à l’origine pour servir les plus pauvres, se sont éloignées de leur mission de charité chrétienne en adoptant une logique d’enrichissement et de prestige social.
Une tendance inquiétante se dessine : une logique de cartel éducatif. Lorsqu’une école impose une hausse, les autres suivent presque immédiatement, multipliant ainsi la pression financière sur les familles. Dans ce contexte, le droit à l’éducation devient un privilège réservé à une minorité fortunée.
À cela s’ajoutent des pratiques discutables comme l’ouverture anticipée de l’année scolaire dès le mois d’août, uniquement pour soutirer davantage d’argent aux parents. Ces dérives traduisent une marchandisation croissante de l’éducation.
Les conditions matérielles de nombreuses écoles publiques sont également alarmantes : bâtiments délabrés, absence d’équipements pédagogiques, manque d’eau potable et d’infrastructures sanitaires. Loin d’encourager l’apprentissage, ces environnements alimentent le découragement et le décrochage scolaire de nos chers écoliers.
De plus, les superviseurs du MENFP, censés contrôler les établissements, brillent par leur absence. Cette inaction favorise la prolifération des abus et confirme le sentiment d’impunité.
L’État abdique son rôle régulateur, livrant les parents à la merci d’un système éducatif anarchique.
Nous insistons également sur la nécessité de réintroduire l’instruction civique comme matière obligatoire et pratique, au-delà des notions théoriques, afin de renforcer le sentiment d’appartenance, la responsabilité citoyenne et la solidarité nationale.
Recommandations de l’Organisation de défense des droits humains Sant Karl Lévêque (SKL)
1. Appliquer des sanctions exemplaires contre les écoles qui étranglent financièrement les parents.
2. Uniformiser l’enseignement primaire et secondaire et rendre l’école fondamentale réellement gratuite.
3. Réintroduire l’instruction civique comme priorité nationale.
4. Rendre la cantine scolaire obligatoire dans tous les établissements accueillant des populations vulnérables.
5. Instaurer un contrôle rigoureux et permanent des frais de scolarité exigés par les établissements privés.
6. Mettre en place un plan spécial de scolarisation pour les enfants déscolarisés à cause de la violence des gangs.
Conclusion
L’éducation n’est pas un luxe réservé à une élite économique : c’est un droit inaliénable, le socle d’une société juste et démocratique. Les écoles qui abusent de leur position et l’État qui laisse faire trahissent la mission éducative et participent à la reproduction des inégalités.
SKL appelle les parents, les enseignants, la société civile et tous les citoyens à se mobiliser pour exiger un système éducatif transparent, équitable et respectueux des standards internationaux. L’avenir des enfants haïtiens ne doit pas être sacrifié sur l’autel du profit.
