Le droit à la culture en Haïti: entre richesses et défis

En plein cœur des Caraïbes, Haïti ce pays à l’histoire tumultueuse est un véritable trésor de diversité culturelle qui mérite d’être célébré et préservé. Pourtant, le droit à la culture gravé dans les textes de loi internationaux comme la déclaration des droits de l’homme, semble un lointain idéal pour de nombreux Haïtiens. L’article 27 de ladite déclaration stipule que « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. »

L’accès à la culture est devenu un enjeu majeur dans un contexte où la pauvreté, l’exode et les troubles politiques pèsent lourdement sur la vie quotidienne. La culture haïtienne illustrée par des arts plastiques, la musique envoûtante, la littérature riche et son patrimoine est loin d’être un simple embellissement de vies. Elle constitue une forme de résistance et de résilience face à l’adversité. La peinture de Préfète Duffaut et biens d’autres, les rituels vodous, la littérature de nos écrivains reconnus internationalement à l’instar de Jacques Romain et les rythmes du compas sont autant de manifestations d’une identité forte qui transcende les difficultés. Toutefois, l’accès à cette richesse est souvent entravé.

Dans les zones rurales, les infrastructures culturelles sont précaires et les espaces d’expression artistique se font rares. La crise économique aggravée par des catastrophes successives, comme le séisme de 2010, a imposé une lutte quotidienne pour la survie, reléguant les préoccupations culturelles au second plan. Des initiatives locales, bien que nombreuses, ne peuvent pas compenser le manque de soutien institutionnel et de financement.


Dans un contexte fort difficile, tout support venant de l’extérieur ne peut que servir de levier au développement culturel. À l’international, des acteurs comme l’UNESCO œuvrent pour promouvoir les cultures locales à travers des programmes adaptés. Par exemple, la Mondiacult est une initiative de cette organisation onusienne qui vise à répondre aux défis contemporains affectant la culture dans un monde marqué par la crise climatique, les inégalités sociales, les conflits et la transformation numérique.


Des engagements pris dans la « Déclaration de Mexico » reconnait la culture comme un bien public et souligne l’importance des droits culturels dans la reconnaissance des identités et de la diversité. Dans cette déclaration, les chercheurs considèrent la culture non plus simplement comme un secteur ou un domaine, mais comme un bien public mondial, essentiel à la construction des sociétés durables. Ils insistent sur le fait que la culture doit être accessible à tous.

Parlant de bien public mondial, le compas haïtien est en lice pour devenir patrimoine culturel de l’humanité. Cette forme de musique festive et d’expression culturelle met en avant l’importance des savoirs et la valorisation des cultures locales. Cette reconnaissance mondiale pourrait être un tremplin pour la valorisation et la reconnaissance mondiale de la culture haïtienne. Cependant le défi reste entier : comment rendre ces droits effectifs pour chaque citoyen ?


Le droit à la culture n’est pas seulement une question d’accès à des biens culturels ; il s’agit aussi de faire en sorte que chaque haïtien ait la possibilité de participer pleinement à la vie culturelle de son pays, de revendiquer son héritage et de se projeter dans l’avenir. La culture est un miroir de notre humanité, et en Haïti, elle doit être à la fois la lumière qui éclaire le chemin et l’armure qui protège l’identité.


La route est semée d’embûches mais en renforçant le dialogue autour du droit à la culture, Haïti pourrait non seulement préserver ses richesses mais encore les transformer en un puissant moteur de développement et d’identité. Il est grand temps de faire entendre cette voix à l’unisson et de redonner toute sa place à la culture dans le paysage haïtien. En fin de compte, l’avenir de la culture haïtienne dépendra de notre engagement collectif à garantir ce droit fondamental pour chaque individu, à tous les coins de l’île.

Loudenya Faoutine, Professionnelle en Patrimoine et Tourisme, Rédactrice

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