
L’artiste Michelle Ricardo expose son œuvre Potomitan (2022), du 14 mai au 18 juin 2022, à la Maison Dufort dans le cadre de « Archipelago ». Celui-ci est une exposition d’œuvres produites par neuf artistes sélectionnées dans le cadre du programme de résidence croisée UNESCO-FICD (2019-2022), sous la houlette de la commissaire d’exposition Veerle Poupeye (Jamaïque).
Originaire de la République Dominicaine, l’artiste Michelle Ricardo de même que Nadia Huggins de Trinité-et-Tobago et St Vincent, ont fait leur résidence artistique durant un mois dans la ville de Jacmel, dans le Sud-Est d’Haïti, à l’atelier Ronald Mevs en juillet 2021, suite à une sélection au moyen d’un appel à candidature ouvert avec jury du Centre d’Art.
« Potomitan » (2022) est une installation faite de peintures et de dessins à partir d’objets trouvés. L’œuvre dresse une carte de la désorientation de la société haïtienne vue à travers les palettes et les lunettes artistiques de l’artiste. Promenons-nous à travers les petits cailloux disséminés un peu partout comme une carte laissée par l’artiste pour saisir la désorientation provoquée par l’évènement du 7 juillet 2021, relatif à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moise. Ainsi Potomitan s’insère dans la trame de son travail créatif qui interroge, critique et questionne le vécu, la réalité de la société aliénée, autosuffisante de la Caraïbes à partir de son expérience et de son savoir afro-descendante.
Ce texte réflexif porte sur notre réception de l’installation picturale de Michelle Ricardo, membre du collectif international de hip-hop, Quilombo arte. Il a pour objectif de saisir l’œuvre dans ses dimensions visuelles et plastiques pour ensuite comprendre le projet qui l’a vu naître. Comment l’artiste a fait face aux tensions ambiantes, déstabilisantes, pour enfin traduire à travers son rendu artistique le réel immédiat, son propre récit d’une histoire vécue au présent ? Cet article se propose de voir comment l’œuvre a été orienté à ses débuts. Ensuite, il cherche à comprendre la déstabilisation du projet initial et son impact sur l’artiste. Aussi, tend-il à voir le processus de reconfiguration artistique et le choix de l’option de la déstabilisation comme nouvelle orientation artistique. Enfin, le texte permettra de considérer l’œuvre d’art comme une enquête, une co-construction, une traduction, et le résultat de la mobilité dans la création au sein de l’archipel caraïbe.
Potomitan : Une œuvre orientée à ses débuts.

« Quand je suis arrivée à Jacmel, j’ai décidé de travailler avec des femmes d’âges différents, car je trouvais cela plus symbolique[1] », c’est en ces termes que cette femme, dominicaine, artiste qui fait du Spoken Word, a présenté le choix de son public cible devant contribuer à sa production artistique. « Potomitan », ce dernier, dans la tradition créole et afro-religieuse, renvoie à la structure centrale (Figure 1) des temples de la religion vaudou qui peuplent les Caraïbes. Cette charpente se dresse comme l’intermédiaire entre le spirituel et le monde physique autour duquel s’agglutinent les serviteurs et servantes de cette religion. Le Potomitan continue la relation entre l’invisible et le visible ; entre l’immatériel et le matériel ; entre le néant et l’être ; entre l’éphémère et le durable. Le Potomitan est la continuité de la vie au-delà des tensions, des frictions, des catastrophes, des accidents, des mauvaises nouvelles du quotidien. L’artiste le reconnait après avoir analysé son expérience à Jacmel : « Après le tir, la vie continue (…) Après cette expérience, j’ai réalisé que ce qui maintient la société est la vie quotidienne[2] ». Aussi, pour étayer son projet initial, elle cite Immanuel Wallenstein qui met l’accent sur la capacité à avoir une vue globale des faits historiques pour comprendre le cheminement du système mondial depuis le XVe siècle à la période actuelle : « La capacité de l’homme à participer intelligemment à l’évolution de son propre système dépend de son aptitude à en percevoir l’ensemble[3] ». Voir l’ensemble du puzzle…Le Potomitan est ainsi continuité et résilience au quotidien en Haïti.

Le Potomitan réfère aussi de manière symbolique, sociale et économique à la place capitale qu’occupent les femmes dans la société caribéenne. Marly (12 ans), Isemonie (31 ans), Charlotte (51 ans), Madame Do (âge inconnu), ces quatre femmes (Figure 2) issues de Jacmel devraient servir de modèle et inspirer l’artiste dans sa description du Potomitan, dans sa version initiale. L’orientation artistique de l’œuvre devrait se structurer autour d’un « processus » et d’une « performance finale » dite « célébration » traditionnelle au sein de la communauté jacmélienne. Elle affirme dans l’esprit du thème de son projet artistique ce qui suit :
« Je rechercherai des femmes de la communauté ayant un objectif commun dans leur vie, l’évolution ou le bien-être des autres. Ces femmes devront être reconnues par leur propre communauté comme des éléments importants de celle-ci, peu importe leurs professions, mais sur la base de leurs valeurs humaines, telles que l’empathie, l’honneur, l’intégrité, le respect, l’honnêteté[4], … »
Le processus devrait prendre en compte les expériences et les découvertes de l’artiste lors de sa résidence dans la ville de Jacmel par le biais de la poésie, de croquis, de dessins ou toute autre forme visuelle (Figure 3). Et l’acte final devant accompagner son œuvre est cette performance où des femmes seront assises en demi-cercle avec leurs plus beaux vêtements et leurs pieds nus à l’instar de la cérémonie du lavement des pieds où cette fois le messie-artiste sera une femme, Michelle Ricardo, elle-même dans cet acte de dépouillement et d’humilité, en train de laver les pieds de celles qui ont contribué à son inspiration durant cette résidence croisée.

La résidence artistique lui a permis de « croiser » ou « d’entrecroiser » des histoires de vie, des itinéraires personnelles et des identités avec la sienne. La religion vaudou s’entrecroisera avec celle chrétienne. La cérémonie du lavement des pieds se fera sur fond de syncrétisme et dans l’espace des religions afrodescendantes avec de la musique et de la nourriture. Cette diplômée de l’école de design Altos de Chavón et de l’école nationale des arts visuels de Mexico résume cette idée en ses propres termes : « Dans l’espace social, les femmes que j’ai trouvées seront assises en cercle. Je les présenterai à la communauté, et après cela, je commencerai à laver et à parfumer leurs pieds[5]. ».
Potomitan : Un projet déstabilisé, une artiste désorientée, une œuvre reconfigurée.

Selon cette artiste visuelle, poète, et activiste social « Potomitan » devrait être « une reconnaissance de la vie et du dévouement de ces femmes envers la communauté et leur peuple[6] ». Mais le projet a été « désorienté » par l’annonce de l’assassinat du président de la République d’Haïti Jovenel Moise, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021(Figure 4). Cet évènement a provoqué une incertitude au sein de la population haïtienne. Les mots de Claude Favre appliqués à l’analyse des incertitudes actuelles et à la nomenclature des crises, des krachs et des craques, peuvent être utilisés pour comprendre le ressenti du moment :
« On manque de mots pour dire ce qui nous arrive. Les discours d’experts se sont suspendus un temps dans la stupeur des premiers événements mais les affirmations, les certitudes, les codes ont vite repris le dessus. On ne peut prendre la mesure, pourtant, des incertitudes actuelles, qu’en reconnaissant une désorientation des significations et de la langue qui les porte[7]. »
Codes bouleversés…Discours suspendus…Significations désorientées … Haïti écartelée en treize morceaux comme les morceaux de l’Empereur Jacques 1er [8] . Une remise en question de la société était en train de se faire. Une autre remise en question s’est opérée cette fois, celle de l’œuvre initiale. Car les codes ont été brouillés chez l’artiste qui travaillait en résidence à Jacmel. Société d’accueil ébranlée, artiste désorientée.
Qu’est-ce qui se passe quand l’espace physique et émotionnel de création de l’artiste est désorienté ? Personne Michel traitant du sujet de la désorientation sociale fait voir que le sujet désorienté n’arrive plus ou est bousculé dans la mise en ordre de son environnement, voir de ses projets. Il affirme dans cette perspective que :
« Être désorienté socialement, c’est ne plus pouvoir mettre de l’ordre dans les relations avec autrui ni dans la manipulation des objets, ni dans l’activité temporelle, que cette dernière soit de repérage, d’anticipation ou de projet [9]»
La désorientation face à un évènement peut induire une certaine forme de perte de repères et peut modifier même l’identité du sujet pensant. Est-ce que c’est cela qui s’est passé avec le projet de Michelle Ricardo ? L’artiste décrit sa situation à Jacmel en ces mots : « Nous avions prévu de faire le spectacle le mercredi 7 juillet au marché aux poissons Lakou New York, mais ils ont tiré sur le président. Nous avons décidé d’annuler et d’attendre[10]». Les mots de Michelle Ricardo font écho à une réflexion de l’essayiste Ahmed réfléchissant sur le sujet orienté – désorienté qui affirme que :
« Lorsque nous somme orientés, nous pouvons même ne pas remarquer que nous sommes orientés : nous pouvons même ne pas penser « à réfléchir » à ce point. Lorsque nous faisons l’expérience de la désorientation, nous pouvons remarquer que l’orientation est quelque chose que nous n’avons pas[11]».
Les mots d’Ahmed peuvent traduire la situation de Michelle Ricardo à Jacmel, loin du confort de son atelier et de son pays, si loin – si proche. Un processus de catharsis s’est probablement approprié de ses pulsions créatrices. Et, la désorientation a induit le décentrement par la perte des repères, du fil conducteur de son projet et de son environnement.
En ce sens, un dispositif de reconfiguration[12] s’est mis en branle comme celle propre aux arts caribéens notamment de la Guadeloupe, d’Haïti et de la Jamaïque dont parle Jose Lewest[13]. Le réel et le lieu jouent un rôle significatif dans le processus de reconfiguration de l’art de la Caraïbe. Selon Lewest, un certain écartèlement[14] est observé dans l’art de la Caraïbe notamment à travers les notions de « rézonans, de bégaiement, d’épuisement, de fragmentation, de catharsis, de déchirure, de désorientation. »
À l’instar du processus de création de l’œuvre Potomitan, Lewest fait un bilan du processus de la création dans la Caraïbe. Il montre ainsi que l’art caribéen comme un équilibriste doit jouer avec des contraires. Il cherche à tenir le cap de la fixité dans la configuration de l’identité des peuples de l’archipel de la grande Caraïbe :
« À force d’être contraint de concilier, d’emprunter, de redistribuer, la création caribéenne dans sa volonté de définir un cap au-delà des questions de fixité ou non de l’identité évoqué par Glissant renvoie quelque peu à la perte et à la désorientation. La négation qui entoure la définition de l’identité antillaise en particulier est symptomatique de cette désorientation et par conséquent de cette rupture. La notion de perte et de désorientation est évoquée par Cyril Serva au sujet de l’œuvre de Michel Rovélas, lorsqu’il rend compte du déséquilibre apparent à travers la notion de « Dédale », ce « nul- part » écrit-t-il, qui suscitant la perte et l’égarement peut conduire au déséquilibre psychique et émotionnel.[15] »

L’artiste a dû renvoyer sa performance finale prévue pour ce jour. Elle s’est recentrée sur elle-même en vue de reconfigurer son travail. Et toute une nouvelle œuvre artistique a supplanté le travail initialement prévu (Figure 5). Cette manière de faire, fruit et résultante de l’histoire immédiate, est le propre des transformations induites par l’art dans l’archipel Caraïbe.
L’archipel Caraïbe est toujours en passe d’être secoué par des mouvements de reconfiguration tant politique, sociale, économique et artistique faisant place à la configuration instituée depuis l’arrivée des conquérants avec Christophe Colomb en 1492. Dans ce contexte, Michel Rovélas réfléchissant aux poids de l’histoire et à ses effets dans l’art de la Caraïbe montre que cette dernière est source de transformation. Il insiste sur la nécessité de l’art dans les sociétés des caribéens. Aussi, il atteste que :
« Ce que l’histoire fait subir à l’homme, et à la nature, sans cesse, ce sont des modifications, des métamorphoses. Certaines sont effroyables. En ouvrant les yeux pour apprendre le monde, l’homme apprend à le transformer. C’est en ce sens (parmi d’autres) que l’art est nécessaire à la société́ des hommes[16] ».
En ouvrant les yeux pour comprendre l’actualité, une autre histoire est dépeinte dans l’atelier de Michelle Ricardo. Une autre trame de récit a vu le jour et la désorientation s’est transformée en une nouvelle orientation artistique. Qu’est-ce qui se passe quand l’artiste est désorienté par son environnement ? Par le présent immédiat ? Par l’actualité factuelle ? Est-ce un début de chute ? Un point de rupture ? Une quête vers l’ordre ou une nouvelle forme d’orientation ?
Notre objectif au début était de faire voir au public-visiteur de l’exposition Archipelago que le projet artistique de Michelle Ricardo suivait une orientation mais en cours de résidence artistique à Jacmel que l’artiste a dû modifier les paramètres plastiques et narratifs de son œuvre. Donc, dans la suite de l’analyse, nous chercherons, à inviter le public-visiteur à expliquer cette désorientation en la voyant comme un motif, un principe et un moteur dans la matrice créatrice à l’instar d’une poétique[17], celle de la désorientation dont parle Coffy Barbara. Elle décortique dans un autre domaine, celui de l’écriture, la manière dont la désorientation « saisit la pratique de l’écriture, mise en abyme dans ces récits, dessine la trame narrative et ses motifs, tout autant qu’elle affecte l’expérience de lecture[18] ». Elle la définit plus loin comme « des procédés narratifs mis en œuvre, (qui) prennent en charge l’expérience spatiale à travers une déstabilisation des catégories rationnelles[19] ».
Ces mêmes procédés sont présents dans la trame plastique de Michelle Ricardo à travers l’œuvre Potomitan qui donne à voir et à lire un récit qui négocie « un tissu où s’enchevêtre une multitude de strates de l’expérience qui engagent la mémoire, l’imaginaire et la sensation et ouvrent à des états de perceptions altérés et modifiés.[20]». Neil Martin et Mireille Rosello[21] font valoir que « les moments de désorientation ne sont pas nécessairement une exception indésirable, une poche de désordre à éviter ou à réorganiser[22]». Et la critique Erica James qui a vécu ces moments dans le complexe hindou de Carapachaima parle elle-même du « plaisir de la désorientation[23] ». Cette désorientation qui pousse l’artiste vers ses marges, ses retranchements, loin de ses zones de confort immédiat. L’artiste qui est « étonnée- profondément désorientée, perdue et déconnectée de tout[24] » doit se détacher parfois de son identité première pour épouser d’autres identités au sein de l’archipel Caraïbe. Tout un travail intérieur de décentrement et de reconfiguration identitaire doit se mettre en branle. C’est en ce sens que Personne Michel stipule dans la démarche de lutte contre la désorientation qu’il faut partir de la réalité à sa base pour comprendre les causes et procéder à la mise en ordre du monde :
« Lutter contre cette désorientation demande à en comprendre les causes afin que les mises en ordre ne correspondent pas à un processus artificiel dans lequel les personnes seraient négligées. La démarche doit, au contraire, partir de la réalité vécue à l’origine de cette désorientation[25]. »
Dans sa démarche de mise en ordre de son monde, l’artiste Ricardo s’est dissociée de son identité d’activiste féministe, pour se laisser emporter par le présent factuel, cet évènement déconcertant pour le peuple haïtien. Elle s’est (ré)-orientée voire même s’est (re)-inventée dans le désordre social et politique ambiant avec sa nouvelle version de « Potomitan » (Figure 5), fruit du travail d’une journaliste, d’une ethnologue du présent parcourant la ville de Jacmel avec son carnet de note et son magnétophone, recueillant ce qui se dit sur l’évènement traumatisant chez ce peuple frère qui partage la même île. L’image (Figure 5) ci-présente est la nouvelle traduction du projet artistique de l’artiste.
Potomitan : la désorientation comme nouvelle orientation artistique.
« Se sentir désorienté pourrait être le moment où l’orientation commence à exister dans la mesure où un sujet orienté ne réfléchit pas à un confort qu’il suppose être la norme ». Ces mots d’Ahmed[26] pourraient servir d’introduction à la nouvelle version de l’œuvre « Potomitan[27] » de Michelle Ricardo. Ce rendu artistique témoigne de la reconfiguration opérée dans l’univers de l’artiste qui a cherché à relier les bouts dispersés d’une histoire qui se vit en direct (Figure 5). Cette démarche est similaire à celle réalisée dans le travail identitaire au sein des peuples de la Caraïbe qui doivent se reconstruire et se réparer parfois en toute urgence afin de faire face aux processus de désorientation historique. C’est dans cette même perspective que Jose Lewest traite de la reconfiguration identitaire à l’œuvre dans l’art de la Caraïbe : « La reconfiguration dans ce contexte prend une dimension d’urgence reconstructrice et réparatrice, visant à̀ relier d’une façon ou d’une autre les éléments dispersés de l’identité́ afin d’en bricoler une autre adaptée à la nouvelle donne contextuelle[28]. » Cette reconfiguration est un élément de la créativité propre à l’artiste qui a su réajuster sa vision du monde en vue de l’accorder aux nouveaux faits ambiants en fonction de la Théorie de l’auto-ajustage (Honing Theory) de Liane Gabora[29].
La description de l’œuvre nous permet de bien saisir et faire découvrir aux lecteurs cette œuvre qui relate un fait politique qui vient s’insérer dans l’exposition « Archipelago » dans un pays où l’acte politique domine en maître. La nouvelle version de Potomitan (Figure 5) présente, sous la forme d’un puzzle, treize (13) tableaux mis en ordre par la Commissaire d’exposition Veerle Poupeye et ses assistants[30], selon les directives de l’artiste.

L’installation commence avec un tableau qui introduit dans une rue habitée par des silhouettes indifférenciées sortant à l’annonce (en créole-anglais-espagnol) de l’assassinat du président. Un mélange de couleur noire et rouge domine ce tableau. Ensuite, l’artiste nous invite à visiter l’intérieur d’une barber shop (tableau 2), et nous fait assister au match de football entre une fille et deux garçons (tableau 3). Deux autres tableaux illustrent deux hommes voyageant sur une moto (tableau 4), et la présence d’un petit avion ainsi que la fermeture de la frontière Haïtiano-dominicaine (tableau 5). La visite continue dans un premier temps avec l’image d’une femme et d’un homme d’âge mûr partageant le bon café d’Haïti, ressemblant aux artistes Michelle Ricardo et Ronald Mevs (tableau 6) ; la moitié du pied peint d’un cadavre est exposée à notre vue dans un second temps (tableau 7). Il y a l’image d’une femme cuisinant sur un foyer traditionnel (tableau 8).
L’artiste nous transporte dans un studio de beauté ou une femme se fait faire une pédicure (tableau 9). À l’intérieur d’une maison, nous pouvons observer une jeune femme donnant le sein à son bébé (tableau 10). Ensuite, le regard se porte sur une marchande enrobée de couleur blanche (tableau 11). L’avant dernier tableau présente une femme lavant ses vêtements dans une rivière (tableau 12). Le dernier tableau nous met en présence d’une servante du vaudou avec sa robe blanche. En dessous de ce dernier tableau est placée une cuvette emmaillée au sol contenant de l’eau parfumée au Florida qui termine l’installation comme une invitation aux loas tutélaires à transporter le corps du défunt.
Des phrases en créole haïtien, en anglais et en espagnol sous formes d’information, d’introspection, d’interrogation ou d’annonce sont incrustés dans douze tableaux comme des repères questionnant la trame du récit de la mort du président Jovenel Moise : « Yo touye prezidan an (Tableau 1) », « Ki moun ki touye prezidan an ? (Tableau 2) », « Dezòd ap gouvene apre asasina prezidan Ayiti a (Tableau 3) »,« Ayewopo entènasyonal Ayiti a fèmen pou pouswit asasen yo (Tableau 4)», « Repiblik Dominiken bay lòd imedyateman pou yo fèmen fwontyè a (Tableau 5) », « Yon seri de moun misterye ak zam ki pale panyol (Tableau 6) » , « Premye minis lan di li an chaj pouswit asasen yo (Tableau 7) », « Etazini voye FBI (Tableau 8) » , « Lespri briyan ki deye asasina prezidan an ap chache plas prezidan lan (Tableau 9) » , « Asasina prezidan Ayiti a pwal mete peyi a pi mal (Tableau 10) » , « Premye dam lan pwan bal tou men li siviv (Tableau 11) » , « Eske se kanpay kont dwog la ki koz prezidan Ayiti a twouve lanmol ? (Tableau 12)». Le treizième tableau est libre de phrase. Michelle Ricardo explique cette composition entre texte – image et précise leur provenance à travers ces quelques mots : « J’ai mis des phrases que j’ai entendues des gens ou dans les nouvelles sur l’assassinat, et par opposition à cela, vous verrez ces actions « normales » ou ces scènes quotidiennes[31]».
Ces treize (13) tableaux à l’instar des treize pays composant l’archipel des Antilles structurent l’installation artistique (Figure 5) faite en papier kraft au format carré de 24*24 pouces avec un point culminant vers une cuvette emmaillée contenant de l’eau parfumée de la marque Florida (Figure 6). Les peintures sont fixées sur un fond peint en blanc. Elle retrace comme une carte géographique insulaire et plastique la traduction artistique du récit de l’assassinat du président Jovenel Moïse vécu au sein de la ville de Jacmel par le peuple.
L’utilisation des matières comme le papier kraft 24*24 pouces, ressemble à un clin d’œil de l’artiste au peintre Ronald Mevs qui l’a accueillie à Jacmel dans son atelier durant sa résidence artistique. Mevs utilise entre autres matériaux, le papier kraft dans sa production artistique, à en témoigner son œuvre phénoménal en papiers lors de l’exposition « Haïti ode à la mémoire » aux salles Saint-Pierre et La Fabrique de la collégiale Saint-Lazare du quartier historique de la ville d’Avallon. Elle a été vendue aux enchères grâce à son ingénieuse idée de vente au mètre[32] à partir du sol. L’œuvre de Ronald Mevs est l’insertion de « l’écriture plastique sur la tradition orale, le conte, le parler des gens[33] ». En ce sens, Mevs semble profondément influencer Michel Ricardo durant sa résidence avec cette démarche artistique. Et le papier kraft, ce matériau utilisé par l’artiste Ricardo est longtemps utilisé par Ronald Mevs, aussi de par sa fragilité et son caractère éphémère sied bien à la narration picturale de Michelle Ricardo et épouse les contours de l’actualité fluente.
Au niveau du langage visuel, la narration picturale présente un récit visuel ou les évènements occupent treize cadres. Ces derniers sont disposés comme en séquence à la manière des bandes dessinées ou des mangas japonais. Dans ces différents cadres, l’élément visuel est le plus simple que possible. Les peintures sont proches de l’utilisation des traits pour peindre les formes et les motifs, pour tracer des lettres, les signes. La peinture proche des traits trace des silhouettes présentes au centre des tableaux pour mettre en évidence les sexes, l’âge et leur forme à côté des écritures.
La composition picturale rentrant dans le processus narratif est d’abord géométrique car présentant une distribution regroupée et non éparpillée de tableaux avec une certaine concentration massive tabulaire et avec la présence d’une ligne médiane sous forme d’une croix allongée de manière horizontale dont la base commence avec le premier tableau et le treizième tableau fermant son sommet (long tableau 1-13/Largeur tableau 8-12). L’artiste semble suivre un motif géométrique stable à sa création qui est proche d’une grille qui aide à stabiliser ses compositions selon ses dimensions. Cette distribution sur la surface invite le regard du visiteur à se précipiter sur la concentration et à se déplacer plus lentement à travers les différents tableaux. L’œil est conduit vers une direction selon la possibilité dynamique.
La composition picturale est aussi dynamique. Elle s’obtient par un ordonnancement des tableaux dans l’installation selon une certaine direction allant du premier tableau au treizième. Elle s’obtient aussi par la présence des figures, formes ou silhouettes humaines qui attirent le regard et l’attention du visiteur du premier tableau jusqu’au dernier pour aboutir à la cuvette emmaillée. Un certain mouvement pictural en zigzag est décrit par la présentation des images en séquences et l’effet de rendu photographique associée à la présence de la cuvette emmaillée.
Potomitan : l’art comme enquête, expérience, co-construction et traduction
L’œuvre « Potomitan » nous suggère d’abord l’approche de « l’enquête » chez Michelle Ricardo dans le sens de l’écrivain Marga Bijvoet. Marga Bijvoet à travers son livre « Art as Inquiry[34]» met en relation l’histoire de l’art, la technologie, l’art dans l’environnement. Avec ce mixage conceptuel, elle dévoile une nouvelle approche alternative de l’exercice de l’art qui devient « enquête » dans le « social » et du « social ». La théorie esthétique va s’allier au contexte de la réception de la création pour définir des repères d’enquête artistique.
Bloquée à Jacmel, dans une Haïti en pleine trouble politique, l’artiste Michelle Ricardo nous donne à voir ses pérégrinations ethnologiques et artistiques à travers cette ville dont l’écho des tensions de l’actualité de Port-au-Prince inonde la vie quotidienne. À travers cette installation, l’artiste Michelle Ricardo nous laisse voir son quotidien et celui des jacméliens qui ont dû faire face à ce moment de l’actualité traumatisante pour les deux peuples qui partagent l’île d’Haïti, voire la grande Caraïbe. Elle conceptualise son travail durant sa résidence à travers ces dires : « Après cette expérience, j’ai réalisé que ce qui fait avancer la société, c’est la vie de tous les jours. Ainsi, cette nouvelle pièce présentera ces petits gestes et actions de ces jours qui ont non seulement retenu mon attention, mais aussi les gens et la communauté[35] ».
L’artiste Michelle Ricardo endosse un nouveau costume, celui de l’enquêtrice. L’artiste se transforme en « artiste-enquêtrice du social » et l’art se métamorphose en un ensemble intriqué de relations en contexte. L’artiste explore son environnement, celui de la ville de Jacmel et aussi les bruits communicationnels produits. Avec cette nouvelle fonction dévolue à l’artiste, elle ne s’enferme pas seulement dans son atelier mais colonise l’environnement avec ses nouveaux matériaux et systèmes pour trouver la substantive moëlle créatrice. Par exemple (Figure 5), tantôt Michelle Ricardo nous emmène dans une rue habitée par des silhouettes indifférenciées sortant à l’annonce de la mort du président, ensuite visiter l’intérieur d’une barber shop (tableau 2), assister au match de football entre une fille et deux garçons (tableau 3) et suit du regard deux hommes voyageant sur une moto (tableau 4)
Avec ces trois (3) exemples susmentionnés et les dix (10) autres tableaux formant l’installation (Figure 5), nous pénétrons dans un mode d’enquête ethnologique, où l’artiste observe son milieu, prend des notes, capte les discours, et est en interaction avec la communauté, les objets, les gens qui la peuplent (Figure 3). Aussi « l’art comme enquête » traverse la perspective de Michelle Ricardo.
Dans le paradigme de Marga Bijvoet, ce n’était pas tant le lien entre science/technologies et les arts qui importent, mais aussi la tendance au déplacement des artistes à aller vers leur environnement, à s’approprier la nature et aussi l’utilisation des nouveaux médias. L’installation artistique devient ce nouveau media. Et le processus est apparenté à la démarche de co-construction[36] plastique ou artistique. Michel Foudriat voit en la co-construction « toutes les démarches visant un point de vue partagé entre différents acteurs[37] ». Cette démarche consiste en une nouvelle formulation des différents points de vue captés par l’artiste – l’instance de traduction – dans le milieu d’immersion en un point de vue commun qui sera cristallisé à travers l’œuvre exposée.
Dans cette démarche co-constructive, l’artiste s’engage dans une relation entre autres avec le milieu d’immersion, l’environnement, le terroir-celui de Jacmel, l’espace public, les objets, les matériaux, les habitants, le projet de l’exposition « Archipelago » mis en œuvre par le Centre d’Art, et les aspects immatériels de la culture haïtienne. Tout un dispositif artistique concourt à la création de l’œuvre. C’est comme on dirait qu’elle suit l’actualité à travers les différentes pièces de son installation artistique (Figure 5). Les instructions envoyées (Figure 7) nous montrent un réagencement des faits à travers l’ordonnancement des différentes pièces du puzzle de « Potomitan »
Michelle Ricardo présente le récit d’une histoire vécue au présent comme une artiste-enquêtrice du social. Chaque peinture relate une appropriation et un questionnement de l’évènement à l’instar d’un reportage médiatique dans lequel la population jacmélienne se questionne et essaye de comprendre ce qui s’est réellement passé. Dans cette perspective, l’art devient pour elle une enquête ou elle semble suivre ce qui se passe et se dit dans la ville.
Selon ce regard, l’œuvre « Potomitan » peut-être abordée en comprenant aussi « l’art comme expérience », une expérience de l’ordre de l’ethnologie. La création artistique devient à travers la palette de l’artiste dominicaine un « art comme expérience[38]» concept emprunté au chercheur Matthieu Duperrex qui la définit en citant l’artiste Les Levine : « Connaissance par expérimentation d’une situation où l’ontologie de la relation à la nature est perturbée, altérée sinon bouleversée par l’intrusion de nouveaux êtres et par la modification conséquente de l’échelle de perception et d’action des humains. »
Mais dans notre réflexion, l’expérience n’est pas le fruit de l’expérimentation comme dans un laboratoire immaculé, mais de la relation avec le milieu, celui de la ville de Jacmel, avec sa population et en général d’Haïti, des substrats culturels. Et le bouleversement, l’altération est produite par l’intrusion d’une actualité politique et médiatique, celui de l’assassinat du président Jovenel Moise.
L’artiste a amassé des notes à partir des discussions entendues des habitants de la ville, des croquis et dessins pour relater cet évènement. Sous la forme d’une chronique au quotidien, elle restitue dans un langage plastique proche de l’enfantin doué d’une certaine simplicité et spontanéité ce qu’elle a vécu durant sa résidence. Proche de l’écriture plastique informelle, elle raconte ce qu’elle a pu voir, entendre, saisir de l’actualité et de ses conséquences au sein de la ville sans œillet, parfois en conversant avec les habitants sans omettre l’utilisation des technologies de l’information (TIC). Cette dernière n’a pas abouti à produire un miroir déformant, filtré chez l’artiste ; ce qui contraste avec les propos de Les Levine cité par Duperrex Matthieu qui traitait de la jonction entre l’art, les technologies dans sa notice d’information :
« L’expérience de voir quelque chose sans filtre n’a plus de valeur dans une société́ contrôlée par logiciel, puisque tout ce qui est vu à travers les médias accumule autant d’énergie que l’expérience immédiate. Nous ne nous demandons pas si les évènements qui se passent à la radio ou à la télévision se sont réellement produits. Le fait que nous puissions les affronter mentalement à travers l’électronique suffit pour que nous sachions qu’ils existent… De la même manière, la plupart des œuvres d’art actuelles aboutissent à des informations sur l’art[39] »
Potomitan donne des informations sur une certaine actualité et sur la conception de l’art contemporaine chez Michelle Ricardo qui peut s’agripper sans retranchement à l’actualité, voir proposer une traduction de la réalité perçue selon la perspective de la théorie de l’Acteur-réseau[40] pensée par Bruno Latour. Selon cette perspective, le processus de création de Potomitan peut être compris comme un ensemble de négociations, d’actes de persuasion, de calculs, des violences grâce à quoi l’artiste se permet de présenter sa version appropriée de l’évènement tragique du 7 juillet 2021à Haïti.
Et l’un de ces calculs est la fin de l’installation proposée aux public-visiteurs. À savoir, cette référence au vaudou haïtien et dominicain par la présence d’objet et d’une actrice du vaudou notamment cette dame habillée avec sa robe blanche et ses « mouchoirs » et la « cuvette emmaillée » contenant de l’eau et du parfum Florida (Figure 8). Cette négociation de l’identité vaudou suggérée aux visiteurs par ce dernier tableau et cet objet les font entrer dans un cadre de signification et de lecture de l’œuvre Potomitan et d’un message à décoder. Le vaudou comme système de codes fournira les outils de compréhension aux visiteurs. Quel visiteur ? En fait, mais de quel vaudou s’agit-t-il ?
C’est la question que l’on pourrait se poser en tenant compte de la nationalité dominicaine de l’artiste et du fait que le vaudou en République Dominicaine est « le secret le mieux gardé pour nous haïtiens et même pour les spécialistes travaillant sur les religions de la Caraïbe[41] ». L’opinion publique des deux côtés de l’île omettent le fait que la République Dominicaine pratique le vaudou et que ce dernier évolue dans une certaine forme de quasi-clandestinité[42]. L’artiste Michelle Ricardo présente son processus créatif dans les termes suivants qui pourraient ne pas renvoyer au vaudou pour le lecteur haïtien ignorant qu’il existe un « vaudou dominicain » :
« L’action finale – La célébration :
Dans l’espace social, les femmes que j’ai trouvées seront assises en cercle avec leurs plus beaux vêtements, elles seront pieds nus. Je les présenterai à la communauté, et après cela, je commencerai à laver et à parfumer leurs pieds. Quand j’aurai fini avec chacune d’elles, une célébration commencera avec de la musique et de la nourriture.[43] »
L’utilisation des mots comme « célébration » avec « de la musique et de la nourriture » nous transpose de plein pied dans une « fête » proche de la « pâque chrétienne » ou de la « cérémonie du lavement des pieds » . Mais, ceci est un leurre pour le spectateur ou lecteur qui n’est pas au courant du vaudou dominicain. Et, c’est le cas pour la majorité des haïtiens qui croient que la République Dominicaine est un pays essentiellement catholique et que le vaudou est typiquement haïtien en pleine archipel Caraïbe.
Le mot « célébration » est synonyme de « fête » et c’est ainsi que les vaudouisants dominicains parlent de leur religion qui est aussi « objet de mépris et de persécution périodique en République dominicaine[44] ». Rachelle Charlier Doucet opine en ce sens et affirme que le vaudou dominicain est désigné comme « fête/danse de mani ».
La célébration finale dont parle Michelle Ricardo est une fête avec musique et nourriture. Et l’haïtien utiliserait le mot Seremoni (Cérémonie) ou Sèvis (service) pour parler des mêmes faits dans l’univers du vaudou en Haïti.
« Un service vodou haïtien est d’abord une « danse », – c’est d’ailleurs le nom que donnent les pratiquants à leurs cérémonies – avec chants rythmés au son du tambour, visant à induire un état de transe pour favoriser la descente des lieux. C’est le climax, le moment de la possession, attendu et recherché par les participants[45]. »
Rachelle Charlier Doucet[46] présente aussi un courant porté par des artistes engagés, des spécialistes en sciences sociales traitant de la naissance séparée du vaudou dominicain, même si sur la route de l’évolution, il a été fortement influencé par celui d’Haïti. Elle cite Carlos Andujar Persinal qui affirme que ce vaudou évolue sous un autre nom en République Dominicaine. Cette situation undercover (en anglais) ou en chatpent (en créole) génère une « espèce de double personnalité culturelle[47] » chez nos amis de l’autre côté de l’île.

Rachelle Charlier Doucet parle aussi de l’utilisation de « mouchoirs aux couleurs des lwa[48] » appelés aussi misterios (mistè) et de la division en trois groupes des loas du vaudou dominicain notamment la division de l’eau, la division du feu et la division de la terre. Ces différents éléments du vaudou dominicain sont visibles à travers l’installation de Michelle Ricardo. Et, cette double personnalité culturelle dont parle Carlos Andujar Persinal traverse le 13ème tableau de l’installation de Michelle Ricardo à travers les référents du vaudou dominicain très visible dans l’image de la servante avec le mouchoir, la robe blanche (Tableau 13) et la cuvette emmaillée (fin de l’installation) contenant de l’eau parfumée de marque Florida, ce qui rappelle une invitation aux loas de la division de l’eau (Figure 8).

Est-ce l’œuvre d’une artiste haïtienne ou pas ? Le spectateur haïtien a l’impression qu’elle parle de « nous », de son « autre », de son « étranger proche ». Mais en fait, quand elle donne l’impression de parler de nous, elle parle « d’elle », de sa culture dans ses tableaux. Ceci touchera le public haïtien qui se sent proche de l’artiste et donne une autre vision des relations haïtiano-dominicaines. L’artiste cherche à comprendre la réalité immédiate, pas seulement du point de vue des humains, celui des habitants de Jacmel, mais aussi en tenant compte des non-humains. Ceux-ci réfèrent aux objets (croquis, dessins, peintures), situations, lieux, techniques, à la culture populaire, aux discours et potentiellement le regard du public qui participe à l’exposition « Archipelago », le tout articulé en un réseau aux multiples interactions.
Potomitan : Éloge de la mobilité dans la création au sein de l’Archipel Caraïbe.
La désorientation analysée dans le processus de création artistique de l’œuvre de Michelle Ricardo est le fruit du dispositif de la résidence croisée mis en place par le Centre d’Art pour contribuer à la mobilité des femmes artistes de la Caraïbe. Dans le paradigme de Marga Bijvoet utilisé comme l’une des lunettes théoriques pour entrer dans la compréhension de l’œuvre Potomitan, il existe un certain éloge du déplacement des artistes vers leur environnement. L’artiste doit être mobile et non empêtré dans des repères prédéfinis qui façonnent l’œuvre d’art et tarissent l’inspiration créatrice. L’artiste doit être en constant bouleversement pour mieux saisir son moi intérieur, son environnement, et amplifie le processus de création. La sédentarité tue le processus de création, d’innovation et de co-construction.
S’il n’y avait pas eu la résidence croisée dont a bénéficié Michelle Ricardo, on n’aurait pas eu l’œuvre Potomitan tel qu’il est présenté maintenant. Et en plus, en Haïti, l’artiste, a été mobile dans la réalité jacmélienne. Tout ceci fait écho à la « Recommandation de 1980 relative à la condition de l’artiste[49] » de l’Unesco, notamment le point « IV » traitant de la vocation et la formation de l’artiste. Selon cette recommandation, les États-parties doivent dans un premier temps : « (i) Prendre plus particulièrement en considération le développement de la créativité féminine et favoriser les groupements et organisations qui ont pour objectif de promouvoir le rôle des femmes dans les diverses tranches de l’activité artistique[50] »
En tenant compte de cette recommandation, l’œuvre Potomitan est l’un des produits du programme de résidence croisée, institué par le Centre d’Art, qui donne la part belle à la mobilité des femmes artistes dont Michelle Ricardo. En ce sens, le titre de l’exposition « Archipelago : Neuf femmes artistes des Caraïbes » est significatif. Il s’agit de neuf femmes, des institutions culturelles différentes, des pays mis en réseau artistiquement sur plus d’une année. Le porteur de ce projet, Le Centre d’Art, donne une présentation de son contenu qui dénote son ampleur au-delà même de l’exposition.

« L’exposition Archipelago est le produit final d’un programme de résidence croisée dans les Caraïbes qui a été initié et géré par Le Centre d’Art de Port-au-Prince, Haïti, et financé par le Fonds de l’UNESCO pour la Diversité Culturelle Internationale. Le programme de résidence croisée a été présenté en association avec le Taller de Grafica à La Havane, Cuba ; Alice Yard à Port of Spain, Trinidad ; Fresh Milk à la Barbade ; Proyecto Anticannon, République dominicaine ; et le Edna Manley College à Kingston, en Jamaïque. Le projet de résidence croisée soutient le développement et la diffusion de l’art contemporain caribéen[51]
• En valorisant la production artistique des femmes caribéennes ;
• En favorisant l’échange de bonnes pratiques professionnelles au sein des institutions culturelles pour améliorer la visibilité et la diffusion des artistes caribéens. »
La mise en réseau à la manière de la « Théorie de l’Acteur-Réseau » est significative. Cette exposition donne des possibilités, facilite des agency, ouvre des voies qui iront au-delà du terme de l’exposition. Et, elle continue la mise en œuvre institutionnelle effectuée par le Centre de l’Art de cet instrument international dans la gouvernance de la culture en Haïti. Ensuite, la Recommandation de 1980 de l’UNESCO postule que les États-parties doivent :
« (j) Reconnaître que la vie artistique et la pratique des arts ont une dimension internationale et accorder en conséquence à ceux qui se consacrent aux activités artistiques tous les moyens, et en particulier des bourses de voyages et d’études susceptibles de leur permettre un contact vivant et profond avec les autres cultures[52]. »
Bourses de voyage, contact vivant et profond avec d’autres cultures, tous ces éléments ont été imbriqués dans le projet d’exposition « Archipelago ». Tous les éléments subsidiaires, c’est-à-dire un séminaire en « Commissariat d’exposition » avec Veerlee Poupeye (Jamaïque), un cours sur la « Critique d’art » avec Yolanda Woods Poujol (Cuba), sans compter les échanges avec les artistes, les stagiaires haïtiens et autres acteurs culturels qui participent à faire l’éloge de la mobilité et du projet « Archipelago ».
Michelle Ricardo (République Dominicaine), Pascale Bichot (Haïti/France), Pascale Faublas (Haïti), Pascale Monnin (Haïti), Miriam Hinds-Smith (Jamaïque), Nadia Huggins (St Vincent/Trinidad & Tobago), Phaïdra McQueen Sterlin (Haïti), Mafalda Nicolas Mondestin (Haïti), Kia Redman (Barbade) sont les artistes qui ont bénéficié de bourses de mobilité pour faire leur résidence artistique dans un pays insulaire de l’archipel Caraïbe sous les auspices du Centre d’Art avec un financement de l’UNESCO-FICD (2019-2022) et autres. Elles participent toutes à l’exposition « Archipelago ». Ceci va en ligne droite avec le point (k) de la Recommandation de 1980. L’UNESCO recommande aux États-parties de :
« (k) Prendre toute mesure utile afin de favoriser le libre mouvement des artistes sur le plan international et de ne pas entraver la possibilité des artistes d’exercer leur art dans le pays de leur choix, en veillant toutefois à ce qu’ils ne portent pas préjudice au développement de talents endogènes et aux conditions de travail et d’emploi des artistes nationaux »
Accorder une attention particulière aux besoins des artistes traditionnels pour leur faciliter, notamment, les voyages à l’intérieur et hors des frontières de leur pays, au service du développement des traditions locales.[53] »
Ce croisement institué dans le projet du Centre d’Art qui nous a valu l’installation Potomitan répond directement à ces deux derniers points de la Recommandation de 1980 sur la condition de l’artiste. En ce sens cette exposition, première de ce genre est à féliciter.
Au final, il ressort de ce texte que l’œuvre Potomitan, en tant que connaissance traduite à travers une installation artistique, a été le fruit d’une orientation initiale d’un projet déstabilisé, le résultat d’une artiste en pleine déstabilisation qui a dû reconfigurer son projet. Cette œuvre est la déclinaison artistique de la désorientation comme une nouvelle orientation artistique ou l’art est une enquête[54], une expérience, une co-construction, une traduction. Aussi, cette œuvre met en évidence l’impact de la mobilité dans la fibre créatrice au sein de l’Archipel Caraïbe. Potomitan est un médiateur dans la logique de « media », qui restitue ce que l’artiste a pu et su capter comme une journaliste-ethnologue au sein de la ville de Jacmel, lieu de sa résidence créatrice. Potomitan est une interprétation de Michelle Ricardo « sur le terrain[55] », proposée à notre réflexion et notre admiration afin d’essayer de comprendre les mécanismes et les forces qui sous-tendent le processus créateur dans notre Archipel Caraïbe.
Frantz DELICE
Références bibliographiques par ordre alphabétique :
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- Bienaimé Kesler. Les morceaux de l’empereur Jacques 1er. Edition Trilingue. Port-au-Prince. 120 pages
- Bijvoet Marga, Art as Inquiry. Toward New Collaborations Between Art, Science, and Technology, Peter Lang, coll. « American University Studies », New York, 1997.
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- Doucet Rachelle Charlier. « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. » IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
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- Mevs Ronald, Haïti ode à la mémoire, aux salles Saint-Pierre et La Fabrique de la collégiale Saint-Lazare du quartier historique de la ville d’Avallon (89). : https://www.youtube.com/watch?v=71Gjo4PylZs
- Michel Rovélas, Mythologies créoles : les anciens, toujours existants, et bien vivants, Catalogue d’exposition 2013, p. 7.
- PERSONNE Michel, « Chapitre 1 – La désorientation sociale de l’entourage », dans : La désorientation sociale des personnes âgées. Sous la direction de PERSONNE Michel. Toulouse, Érès, « Pratiques du champ social », 1996, p. 13-37. URL: https://www.cairn.info/–9782865864003-page-13.htm
- Unesco : https://fr.unesco.org/creativity/governance/1980-recommendation
- Wallerstein Immanuel, 1976, The Modern World System I: Capitalist Agriculture and the Origins of the European World-Economy in the Sixteenth Century, New York, Academic Press [trad. fr., Le Système du monde du xvesiècle à nos jours. Capitalisme et économie-monde (1450-1640), Paris, Flammarion, 1980].
Mots-clés : Potomitan ; Orientation ; Désorientation ; Reconfiguration ; Enquête ; Expérience ; Co-construction ; Traduction ; Mobilité ; Théorie de l’Acteur-Réseau.
[1] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[2] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[3] Wallerstein Immanuel, 1976, The Modern World System I: Capitalist Agriculture and the Origins of the European World-Economy in the Sixteenth Century, New York, Academic Press [trad. fr., Le Système du monde du xvesiècle à nos jours. Capitalisme et économie-monde (1450-1640), Paris, Flammarion, 1980].
[4] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[5] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[6] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[7] FAVRE Claude, « Nomenclature des crises. « Crise, krach, craque » », Esprit, 2012/6 (Juin), p. 22-26. DOI : 10.3917/espri.1206.0022. URL : https://www.cairn.info/revue-esprit-2012-6-page-22.htm
[8] Bienaimé Kesler. Les morceaux de l’empereur Jacques 1er. Edition Trilingue. Port-au-Prince. 120 pages
[9] PERSONNE Michel, « Chapitre 1 – La désorientation sociale de l’entourage », dans : La désorientation sociale des personnes âgées. Sous la direction de PERSONNE Michel. Toulouse, Érès, « Pratiques du champ social », 1996, p. 13-37. URL: https://www.cairn.info/–9782865864003-page-13.htm
[10] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[11] Ahmed, S. 2006. Queer Phenomenology: Orientations, Objects, Others. Durham, NC: Duke University Press.
[12] Lewest Jose. Les processus de reconfigurations dans l’art caribéen. Guadeloupe, Haïti, Jamaïque. Thèse pour le doctorat en Arts Caribéens. Faculté des lettres. École Doctorale Pluridisciplinaire Université des Antilles.442 pages.
[13] Lewest Jose. Les processus de reconfigurations dans l’art caribéen. Guadeloupe, Haïti, Jamaïque. Thèse pour le doctorat en Arts Caribéens. Faculté des lettres. École Doctorale Pluridisciplinaire Université des Antilles.442 pages.
[14] Ibidem page 389.
[15] Ibidem page 395
[16] Michel Rovélas, Mythologies créoles : les anciens, toujours existants, et bien vivants, Catalogue d’exposition 2013, p. 7.
[17] Coffy Barbara. Poétique de la désorientation. Pratique de la mobilité et expérience hétérotopique de l’espace chez Walter et Bilge karasa. Master 2-Art et Langage, Centre de Recherche sur les Arts et le langage. École des Hautes Études en Sciences Sociales. 2015-2016. 120 pages.
[18] Ibidem page 3.
[19] Ibidem page 3
[20] Ibidem page 3
[21] Niall Martin & Mireille Rosello (2016) Disorientation : An Introduction, Culture, Theory and Critique, 57 :1, 1-16, DOI : 10.1080/14735784.2015.1128675
[22] Niall Martin & Mireille Rosello (2016) Disorientation : An Introduction, Culture, Theory and Critique, 57 :1, 1-16, DOI : 10.1080/14735784.2015.1128675
[23] James, Erica “Le plaisir de la désorientation” Théorie et critique d’art en Caraïbe https://docplayer.fr/221704206-Theorie-et-critique-d-art-en-caraibe.html
[24] James, Erica “Le plaisir de la désorientation” Théorie et critique d’art en Caraïbe https://docplayer.fr/221704206-Theorie-et-critique-d-art-en-caraibe.html
[25] PERSONNE Michel, « Chapitre 1 – La désorientation sociale de l’entourage », dans : La désorientation sociale des personnes âgées. Sous la direction de PERSONNE Michel. Toulouse, Érès, « Pratiques du champ social », 1996, p. 13-37. URL : https://www.cairn.info/–9782865864003-page-13.htm
[26] Ahmed, S. 2006. Queer Phenomenology: Orientations, Objects, Others. Durham, NC : Duke University Press.
[27] Version ci-dessus
[28] Lewest Jose. Les processus de reconfigurations dans l’art caribéen. Guadeloupe, Haïti, Jamaïque. Thèse pour le doctorat en Arts Caribéens. Faculté des lettres. École Doctorale Pluridisciplinaire Université des Antilles.442 pages.
[28] Gabora, Liane. (2017). Honing theory: A complex systems framework for creativity. Nonlinear Dynamics, Psychology, and Life Sciences, 21(1), 35–88.
[28] Stagiaires : Makensy Angrand, Melissa Béralus, Frantz Délice, Jean Paul Emile, Moise Jean, Berthony Lanot, Wincy Lindor, Eberline Nicolas, et Emmanuel Tanis.
[31] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[32]Ronald Mevs, Haïti ode à la mémoire, aux salles Saint-Pierre et La Fabrique de la collégiale Saint-Lazare du quartier historique de la ville d’Avallon (89). : https://www.youtube.com/watch?v=71Gjo4PylZs
[33] Ronald Mevs, Haïti ode à la mémoire, aux salles Saint-Pierre et La Fabrique de la collégiale Saint-Lazare du quartier historique de la ville d’Avallon (89). : https://www.youtube.com/watch?v=71Gjo4PylZs
[34] Marga Bijvoet, Art as Inquiry. Toward New Collaborations Between Art, Science, and Technology, Peter Lang, coll. « American University Studies », New York, 1997.
[35] Traduction libre des propos de Michelle Ricardo en anglais.
[36] Michel Foudriat « La co-construction : Une option managériale pour les chefs de service » In « Le management des chefs de service dans le secteur social et médico-social », 2014, pages 229 à 250. Mis en ligne sur Cairn.info le 03/03/2016. Lien : https://doiorg.acces.bibl.ulaval.ca/10.3917/dunod.delal.2014.01.0229
[37] ibidem
[38] Duperrex Matthieu. « Arcadies altérées, territoires de l’enquête et vocation de l’art en Anthropocène ». Thèse de doctorat. Université de Toulouse 2 –Jean Jaurès. 7 Décembre 2018
[39] Ibidem
[40] Akrich Madeleine, Callon Michel, Latour Bruno (2006). Sociologie de la traduction : textes fondateurs. Paris. École des mines de Paris. 303 pages.
[41] Doucet Rachelle Charlier. « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. » IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
[42] Ibidem page 22.
[43] Traduction libre du texte de Michelle Ricardo en anglais : « The final action – The celebration :
In social space, the women that I found will be sitting in a circle with their best clothes, they will be barefoot. I will introduce them to the community, and after that, I will start washing and perfuming their feet. When I finish with all of them, a celebration will start with music and food. »
[44] Doucet Rachelle Charlier. « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. » IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
[45] Doucet Rachelle Charlier, « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. » IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
[46] Doucet Rachelle Charlier, « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. » IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
[47] Doucet Rachelle Charlier, « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. »IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
[48] Doucet Rachelle Charlier, « Haïti et la République Dominicaine : La culture populaire peut-elle aider à tisser des liens durables entre les deux pays. »IN Les Relations Haïti- République Dominicaine. Conjonction, Revue Franc-haïtienne de l’Institut Français en Haïti, # 226, Port-au-Prince, Année 2014.Imprimerie Henri Deschamps. 207 pages.
[49] Unesco : https://fr.unesco.org/creativity/governance/1980-recommendation
[50] Unesco : https://fr.unesco.org/creativity/governance/1980-recommendation
[51] Centre d’Art. Dossier interne de présentation de l’exposition
[52] Unesco : https://fr.unesco.org/creativity/governance/1980-recommendation
[53] Unesco : https://fr.unesco.org/creativity/governance/1980-recommendation
[54] Duperrex Matthieu. « Arcadies altérées, territoires de l’enquête et vocation de l’art en Anthropocène ». Thèse de doctorat. Université de Toulouse 2 –Jean Jaurès. 7 Décembre 2018.
[55] Marga Bijvoet, Art as Inquiry. Toward New Collaborations Between Art, Science, and Technology, Peter Lang, coll. « American University Studies », New York, 1997.
