Audit de l’identité visuelle de l’État haïtien, une mosaïque sans cohérence

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Une simple recherche sur Internet suffit pour constater la diversité foisonnante des identités visuelles des organismes publics haïtiens. Logos multiples, styles graphiques variés, palettes de couleurs disparates. L’image de l’État haïtien se présente comme une mosaïque éclatée, loin d’une cohérence institutionnelle. Nous avons mené l’exercice en parcourant les traces numériques de plusieurs ministères : Affaires sociales et du Travail, Agriculture et Développement rural, Défense, Culture et Communication, Commerce et Industrie, Affaires étrangères et des Cultes, Éducation et Formation professionnelle, Environnement, Transports publics, Intérieur et Collectivités territoriales, Jeunesse et Sports, Justice et Sécurité, Santé publique, Économie et Finances, Tourisme. Nous vous invitons à faire aussi l’exercice. Le constat sera sans appel. Chaque entité développe sa propre identité visuelle, sans ligne directrice commune.

Une floraison qui fragilise l’image de l’État

Il y a un constat de fragmentation. Aujourd’hui, chaque ministère ou organisme public adopte ses propres codes visuels. L’analyse de l’identité visuelle de l’Etat haïtien présente une mosaïque d’infographies et de logos sans cohérence graphique. Cette dispersion brouille le message global de l’État et affaiblit son autorité. Cette diversité graphique pourrait être perçue comme une richesse. Mais en réalité, elle traduit une absence de stratégie globale. Les citoyens, confrontés à des logos et chartes distinctes, peinent à reconnaître l’autorité de l’État derrière ces communications. L’image institutionnelle se dilue, et la crédibilité s’en trouve affaiblie. 

Cet audit révèle une fragmentation visuelle qui nuit à la reconnaissance et à l’efficacité de la communication publique. L’uniformisation de l’identité visuelle de l’État haïtien apparaît comme une étape incontournable pour renforcer la confiance citoyenne, projeter une image internationale crédible et moderniser la gouvernance.

Il y a une nécessité d’uniformisation l’image institutionnelle après la phase de crise actuelle. Dans de nombreux pays, la mise en place d’une charte graphique nationale a permis de renforcer la lisibilité et la cohérence des communications publiques. En France, la charte graphique de l’État impose l’usage d’un logo unique et de règles précises pour les ministères. Le Québec suit une logique similaire, en garantissant une image homogène de la fonction publique. Haïti gagnerait à s’inspirer de ces modèles pour instaurer une identité visuelle commune, fondée sur les symboles nationaux et adaptée aux supports numériques modernes.

L’importance d’une identité visuelle cohérente

Une identité visuelle homogène n’est pas qu’une affaire d’esthétique. Elle traduit la vision et les valeurs d’une institution. Comme le souligne la charte graphique de l’État français, adoptée en 2020, l’objectif est de « gagner en simplicité et en clarté pour faciliter l’appropriation par les citoyens ». Le Québec suit la même logique en imposant une identité visuelle gouvernementale pour assurer la cohérence de l’image de la fonction publique. 

En Haïti, une telle démarche permettrait de renforcer la confiance citoyenne en donnant une image claire et professionnelle, d’améliorer la lisibilité des communications lors des campagnes publiques, de la publication des documents officiels, et la mise en ligne des plateformes numériques, de projeter une image internationale crédible, essentielle pour attirer investisseurs et partenaires. Elle serait aussi un outil de réforme et de modernisation. Au-delà de l’esthétique, l’uniformisation visuelle est avant tout un outil de réforme. Elle contribuerait à professionnaliser la communication publique (Nous en avons parler dans un article antérieur), valoriser le patrimoine culturel et les symboles nationaux, créer un sentiment d’appartenance et de fierté chez les citoyens.

L’identité visuelle est un enjeu stratégique pour tout État. Dans un monde où l’image est devenue un langage universel, l’État haïtien se trouve face à un défi majeur notamment celui de construire et d’uniformiser son identité visuelle. Loin d’être une question secondaire, cette démarche conditionne la perception des institutions publiques par les citoyens et les partenaires internationaux. Plusieurs expériences étrangères démontrent que l’uniformisation visuelle est un levier de gouvernance moderne et efficace.

Comment y arriver ?

L’idée d’une communication publique harmonisée en Haïti n’est pas nouvelle. Il y a eu plusieurs tentatives d’harmonisation. En 2009, sous le mandat de l’ancien ministre de la Culture et de la Communication, Olsen Jean Julien, la création du Centre d’Information et de Communication Publique (CICP) au sein du ministère de la Culture et de la Communication avait marqué une étape importante. L’objectif était de travailler à l’harmonisation de la communication publique et à la mise en place d’une identité visuelle cohérente pour l’État haïtien. Cette initiative visait à donner une image unifiée aux institutions, renforcer la crédibilité de l’État et améliorer la lisibilité des messages adressés aux citoyens. Mais, une fois encore, l’instabilité politique chronique a interrompu le processus et empêché la réforme d’aboutir.

Après 2010, à la suite du séisme du 12 janvier, alors que René Préval était encore au pouvoir, un exercice avait été tenté pour uniformiser l’image et le discours de l’État. La Présidence, la Primature et le Ministère de la Culture et de la Communication s’étaient entendus pour mettre en place une stratégie commune. Cette initiative, portée par la ministre Marie Laurence Jocelyn Lassègue et soutenue par le président Préval, visait à donner une cohérence institutionnelle aux messages officiels. Mais l’instabilité politique chronique eut rapidement raison de cette mesure. Quelques années plus tard, le Premier ministre Laurent Lamothe tenta de relancer le projet avec programme d’e-gouvernance. Là encore, les turbulences politiques et les rivalités internes – souvent alimentées par des ego surdimensionnés – firent échouer la démarche. Plus récemment, en 2023, sous l’impulsion de la ministre Emmelie Prophète Milcé et sous la direction du Premier ministre Ariel Henry, des rencontres eurent lieu autour de ce dossier. Une fois de plus, l’instabilité politique chronique fit avorter l’entreprise.

Vers une charte graphique nationale

Le rappel historique nous permet de voir que pour arriver a l’aboutissement de ce dossier il faut un travail de synergie sous le pilotage de la Présidence, de la Primature et du Ministère de la Culture et de la Communication comme bras technique. La mise en place d’une charte graphique nationale devrait définir notamment un logo institutionnel unique, décliné pour chaque ministère, une palette de couleurs inspirée des symboles nationaux (bleu et rouge du drapeau), des typographies standardisées pour les documents et plateformes numériques, des règles d’application claires pour les campagnes, événements et publications.

L’uniformisation de l’identité visuelle devrait faire partie des mesures post-crise et préélectorales. Dans un contexte de reconstruction institutionnelle et de repositionnement international, l’État haïtien doit investir dans son image. Une identité visuelle forte et uniformisée n’est pas un luxe, mais une nécessité stratégique. Elle est le reflet d’une gouvernance moderne, d’une nation cohérente et d’un avenir tourné vers la crédibilité et la confiance.

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