Le 18 novembre 2025 ramène la 222ème année de la commémoration de la Bataille de Vertières. En effet, la date du18 novembre 1803 rappelle la victoire finale des troupes haïtiennes contre l’armée napoléonienne, ouvrant la voie à la proclamation de l’indépendance d’Haïti, le 1er janvier 1804. Elle a été un tournant dans la lutte pour la liberté.
Aujourd’hui, c’est l’occasion de réfléchir à l’importance de cette bataille et la place qu’occupait Haïti jadis comme deuxième puissance après les États-Unis d’Amérique sur le continent. Les peuples opprimés se tournaient vers Haïti et non vers le grand frère étasunien, déjà libre depuis 1776. Avant même les États-Unis, Haïti était une puissance militaire qui a battu la première armée du monde, celle de la France, celle de Napoléon Bonaparte qui faisait trembler l’Europe. De plus, Haïti a aidé d’autres peuples à conquérir leur liberté.
Haïti n’a cessé de jouer un rôle pionnier dans la défense des peuples opprimés et la promotion de la liberté depuis son indépendance en 1804. Première République Noire du monde moderne, née d’une révolution d’esclaves victorieux, Haïti a été bien plus qu’un symbole, elle a été un acteur engagé dans les luttes pour l’émancipation à travers les continents. Même si les gangs essayent de tout effacer sur leur parcours, il faut se rappeler toujours que la marque de fabrique d’Haïti est la LIBERTÉ.
Haïti et Pologne : une fraternité née dans les flammes de l’indépendance
Dans les méandres de l’histoire mondiale, peu de récits illustrent aussi puissamment la solidarité entre peuples que celui liant Haïti et la Pologne. Au début du XIXe siècle, des soldats polonais envoyés par Napoléon pour mater la révolution haïtienne se sont rebellés contre l’ordre impérial et ont rejoint les rangs des insurgés haïtiens.
En reconnaissance de leur engagement pour la liberté, Haïti leur a accordé la citoyenneté après la proclamation de l’indépendance en 1804. Ce geste inédit a donné naissance à une communauté singulière, les « Polonè-Ayisyen », dont le village de Cazale porte encore les traces vivantes. Aujourd’hui, cette mémoire partagée inspire des échanges culturels et diplomatiques, ravivant une fraternité historique entre deux nations que tout semblait opposer, sauf leur quête commune de dignité et d’émancipation.
Une diplomatie de la liberté dès ses premiers pas
Dès les premières décennies de son existence, Haïti a tendu la main à d’autres peuples en quête d’indépendance. En 1815, le président Alexandre Pétion offre à Simón Bolívar un soutien décisif en armes, troupes, et refuge pour relancer la lutte contre l’Espagne en Amérique du Sud. En échange, Pétion exige l’abolition de l’esclavage sur les territoires libérés. Ce pacte moral a contribué à l’émancipation de pays comme le Venezuela, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et la Bolivie.
En 1822, Haïti devient le premier État à reconnaître l’indépendance de la Grèce, alors en guerre contre l’Empire Ottoman. À cette époque, le président haïtien Jean-Pierre Boyer adresse une lettre de soutien aux révolutionnaires hellènes (de la Grèce ancienne), affirmant que les Haïtiens, eux-mêmes libérés du joug colonial, ne peuvent rester indifférents à une telle lutte.
Haïti, terre de refuge pour les arabes fuyant l’oppression ottomane
Haïti n’a pas marchandé son aide aux personnes opprimées par l’empire ottoman. D’où la migration arabe en Haïti. Le pays fut un refuge contre l’oppression ottomane. Entre 1880 et 1930, Haïti a fait montre d’une hospitalité durable et silencieuse, qui a permis à des milliers de personnes de reconstruire leur vie. Ce fut une aide silencieuse mais significative. Haïti, fidèle à sa vocation de terre de liberté, a ainsi joué un rôle de refuge humanitaire pour les persécutés du Levant.
Les premiers immigrants arabes sont arrivés en Haïti entre le milieu et la fin du XIXe siècle, principalement en provenance du Liban, de la Syrie et de la Palestine, alors sous domination ottomane. Ces migrants fuyaient la pauvreté, les persécutions religieuses, les conflits politiques et les conscriptions forcées imposées par l’Empire ottoman. Haïti leur a offert asile, opportunités économiques et intégration sociale, notamment dans les villes comme Port-au-Prince, Les Cayes, Pétion-Ville et Gonaïves.
Beaucoup ont commencé comme marchands ambulants, puis ont prospéré dans le commerce, la finance et l’artisanat. Bien que non formalisée par des traités ou des déclarations officielles, l’accueil des Arabes persécutés constitue une forme d’aide humanitaire et diplomatique. Haïti, fidèle à son identité de terre de liberté, a permis à ces communautés de se reconstruire, préserver leur culture et contribuer à la société haïtienne.
Les Haïtiens d’origine arabe sont aujourd’hui pleinement intégrés, avec des figures notables dans les domaines de la politique, de l’économie et de la culture. Cette migration a enrichi le tissu social haïtien, ajoutant une dimension levantine à l’identité nationale. Toutefois, il semble que les descendants de ces opprimés, qui détiennent le pouvoir économique et politique actuellement, ont oublié les bienfaits d’Haïti envers leur communauté. Ils font partie de ses problèmes maintenant.
Haïti, bâtisseur discret de l’État d’Israël
Le 14 janvier 2010, deux jours après le séisme de 2010, Israël figurait parmi les pays qui ont envoyés des équipes médicales et des secours humanitaires en Haïti. Vous êtes-vous demandé pourquoi ? Il faut se rappeler qu’en novembre 1947, dans un contexte géopolitique tendu marqué par la fin du mandat britannique sur la Palestine, Haïti s’est illustrée sur la scène internationale en votant en faveur de la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui proposait la partition de la Palestine en deux États, l’un juif et l’autre arabe. Ce vote, intervenu le 29 novembre 1947, fut décisif : Haïti faisait partie des 33 pays qui ont permis l’adoption du plan, ouvrant ainsi la voie à la création de l’État d’Israël.
Deux ans plus tard, le 17 mars 1949, Haïti allait plus loin, en reconnaissant officiellement l’État d’Israël, devenir l’un des premiers pays à établir des relations diplomatiques avec la jeune nation. Ce geste s’inscrivait dans la tradition haïtienne de solidarité envers les peuples en quête de souveraineté, prolongeant une diplomatie fondée sur les principes d’émancipation et de justice, hérités de sa propre histoire révolutionnaire.
Une influence culturelle et morale
Au-delà des actes diplomatiques, Haïti a accueilli des exilés politiques venus de Cuba, Porto Rico ou des États-Unis. Elle a offert refuge, inspiration et soutien moral à ceux qui luttaient pour la justice. Même au Canada, Haïti a soutenu les causes antiracistes et les mouvements afrodescendants.
Dès les années 1960, avec la première vague d’immigration souvent appelées « l’exode des cerveaux » suite à la répression du régime de Duvalier, des professeurs haïtiens fuyant la dictature ont contribué à la formation des Québécois. L’apport des professeurs haïtiens les ont aidés à garder leur langue et protéger leur culture.
Aujourd’hui encore, des pays comme le Sénégal entretiennent des liens culturels et diasporiques avec Haïti, dans le cadre de la francophonie et des échanges patrimoniaux.
Une solidarité panafricaine
Haïti n’a pas seulement influencé le monde arabe, les Amériques et l’Europe. Son rayonnement s’est étendu jusqu’au continent africain. La relation entre Haïti et l’Afrique postcoloniale est une fraternité fondée sur l’émancipation. Au XIXe siècle, Haïti soutient la création du Liberia, conçu comme une terre d’accueil pour les Noirs américains affranchis.
Dans les années 1930, Haïti dénonce l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, affirmant son engagement contre le colonialisme. Au XXe siècle, Haïti se positionne contre l’apartheid en Afrique du Sud et inspire les mouvements de libération en Afrique subsaharienne.
Depuis les années 1960, Haïti s’est affirmé comme un allié moral et symbolique des nations africaines nouvellement indépendantes. Dans les forums internationaux, notamment à l’ONU, la république caribéenne a soutenu les mouvements anticoloniaux et défendu la souveraineté des États africains émergents comme le Ghana, le Congo ou le Sénégal. Ce soutien diplomatique s’est doublé d’une influence intellectuelle : des penseurs haïtiens ont participé aux grands débats sur la négritude, la décolonisation et l’identité noire, aux côtés de figures africaines telles que Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop.
Haïti, première république noire indépendante, est devenu un modèle d’émancipation pour des leaders comme Kwame Nkrumah et Patrice Lumumba. Par ses échanges culturels, ses prises de position politiques et son héritage révolutionnaire, Haïti a contribué à forger une conscience panafricaine fondée sur la dignité, la résistance et la solidarité des peuples noirs.
Une mémoire à raviver
L’histoire d’Haïti ne se résume pas à ses crises. Elle est aussi celle d’un pays qui, dès sa naissance, a choisi de défendre la liberté des autres. Une diplomatie de principe, fondée sur la solidarité entre les peuples, qui mérite d’être enseignée, valorisée et célébrée. C’est en Haïti, avec la révolution haïtienne, que les principes de la déclaration universelle des droits de l’homme ont trouvé leur pleine signification. De ce fait, Haïti exige le RESPECT et non de la compassion, ni la charité. Car Haïti n’a pas seulement conquis sa liberté, elle l’a offerte au monde.
